Trust the process

Photos des étapes de création du Grand Nu Couché prises par Matisse et publiées dans les Cahiers d’Art
Au PAON, on vous répète souvent que créer nous fait du bien. Non seulement on y croit, mais il y a des gens importants à l’OMS qui le disent. Pourtant, pour ne rien vous cacher, on entend aussi souvent des choses comme :
“Pour moi les autres font toujours mieux…”
“Je manque de technique”
“J’ai peur du regard des autres, souvent dans le jugement”
“Ça ne va intéresser personne”
Ces mots, ce sont parmi d’autres, les réponses de Morgane, Métig, Laetitia et Philippe à la question “qu’est-ce qui vous bloque dans votre créativité” posée par Clémence Vazard lors de son atelier “Se connecter à sa créativité par le collage”. Ces doutes, je les ai tous ressentis à différents stades de mon processus créatif. Et je dois dire que ça m’a fait du bien de les voir s’afficher sur un chat. Tout comme 22 photos tâtonnantes du Grand Nu Couché prises par Matisse au fil de son processus créatif, qui étaient exposées en mai dernier au musée de l’Orangerie.
Et si j’ai besoin d’entendre ces mots, de me rassurer, de prendre conscience que le doute fait partie du processus créatif, tout comme le sentiment de satisfaction personnelle, qu’est-ce que cela dit de ma créativité ? Pour ce mois de novembre, je vous propose de mieux comprendre cette émotion pour persévérer et reprendre pied dans votre démarche créative.
Bonne lecture !
Juliette
1 – Vos inspirations pour titiller vos sens…
“Quand il y a doute, il n’y a pas de doute…”
Cette phrase nous a mal habitué.e.s. Si elle aide de Niro à éviter les dangers dans le film Ronin, elle sous-entend aussi que si je ressens un doute, c’est qu’il y a de bonnes raisons de douter. Comme si le fait que je ne me sente pas capable de peindre ce citron, était la preuve de mon incompétence. Le doute est-il un baromètre de nos capacités ? Point du tout nous dit Clotilde Dusoulier dans l’épisode consacré au doute du podcast “Change ma vie”. Cela fait partie des grandes erreurs qui nous paralysent face au doute, avec le fait de croire qu’il faut éradiquer le doute pour pouvoir avancer.
En fait, le doute fait partie de notre expérience humaine. Il est même intrinsèque à tout processus créatif, pour la simple et bonne raison que créer quelque chose de nouveau, implique forcément une ou des incertitudes. Avant de donner corps à une idée, on se demande : est-ce que je vais y arriver ? suis-je assez doué.e pour cela ? est-ce que c’est vraiment intéressant ? Même quand on passe à l’action on se demande encore : est-ce que j’ai fait les bons choix ? Est-ce que je vais dans la bonne direction ? Est-ce que le résultat va être à la hauteur de mes exigences ? Toutes ces questions ne remettent pas en question notre capacité à créer, elles sont simplement le reflet des incertitudes inhérentes au processus créatif.
Dans un autre épisode du podcast, consacré à la créativité, Clotilde Dusoulier explique que cet inconfort est d’autant plus décourageant qu’on a tendance à penser que créer est 100% exaltant, que c’est complètement naturel pour les artistes qui s’y adonnent, ce qui n’est évidemment pas le cas dans la vraie vie. Certes, il y a des moments où l’on atteint le flow, cet état de concentration théorisé par Mihály Csíkszentmihályi (à mes souhaits), où l’on est complètement absorbé par notre activité créative. Certes, il y a des moments où on se sent fier.e comme un PAON. Mais, il y a aussi des moments d’inconfort, de doute, qu’il faut reconnaître et accepter pour ne pas se décourager.
Si doute il y a, balance des exemples pour qu’on y croit
Easy les amis, je pense qu’il n’y a pas un biopic, docu, livre ou expo sur un artiste qui ne parle pas d’un moment de doute.

Frida Kahlo et Diego Rivera ©Getty Images
Dans le film Frida de Julie Taymor, on apprend que le doute est même le point de départ de la rencontre entre Frida Kahlo et Diego Rivera. Avec la révolution mexicaine, le père de Frida, qui travaillait en tant que photographe pour le gouvernement, perd son travail. Frida va a la rencontre de Diego, peintre déjà installé de 21 ans son aîné, pour lui demander un avis franc sur son travail. “Je dois travailler pour gagner ma vie, lui dit-elle, donc je ne peux pas me permettre de perdre du temps par vanité. Si je n’ai pas le talent qu’il me faut, je devrai faire autrement pour aider mes parents”. C’est le début d’une d’une grande amitié puis d’une histoire d’amour, mais aussi d’une connexion artistique forte, les deux artistes n’ayant jamais cessé de se donner des conseils l’un à l’autre.
C’est aussi dans un moment de vide artistique que prend racine le documentaire “A Bigger Picture” sur David Hockney – dont nous avons déjà parlé pour ceux qui suivent, il faut le voir ! Après plus de 30 ans passés à Los Angeles, 30 ans largement inspirés par les belles villas, le soleil et les corps nus, Hockney sent poindre un moment de crise existentielle. A l’approche de ses 70 ans, l’artiste préféré des Anglais retourne dans son Yorkshire natal et réinvente sa peinture au fil des saisons. C’est de ce retour aux sources que naîtra le plus grand tableau jamais réalisé en plein air.
Le doute est aussi présent quand on plonge dans l’intimité du couple d’artistes Picasso-Gilot, avec le livre “Vivre avec Picasso” qu’on recommande chaudement. Il est là chez Françoise Gilot qui met clairement sa pratique en standby pour vivre dans l’ombre de “l’enfant terrible de la peinture”. Et, contre toute attente, il se manifeste de manière complètement caricaturale chez Picasso, notamment dans une scène décrite avec beaucoup d’humour par Françoise Gilot qui devait le sortir ”du marasme où il était plongé chaque matin”, et dont voici un court extrait faisant parler Picasso :
“J’ai la gale à l’âme. Personne ne me comprend. Comment pourrait-on me comprendre ? La plupart des gens sont si bêtes. À qui puis-je parler ? Je ne peux parler à personne. Dans ces conditions, la vie est un fardeau écrasant. Enfin, j’imagine qu’il y a toujours la peinture. Mais ma peinture ! Chaque jour je travaille plus mal que la veille. Est-ce étonnant avec tous les soucis que me cause ma famille ?”
Ok, quand je vois les grands ouin-ouins de Picasso, je crois que je peux accepter d’avoir moi aussi des doutes
Et c’est tout ce qu’on te souhaite : reconnaître les phases de doute que tu traverses et les accepter. Car comme tu peux le voir, les artistes ne sont pas des demi-dieux qui cheminent avec aisance le long de leur processus créatif. Les grand.e.s créatif.ve.s semblent plutôt être les personnes qui doutent, qui ne font pas de strike dès le premier lancé, mais qui continuent à apprendre en se nourrissant des échecs ou des insatisfactions, sans se décourager.
A ce sujet, on vous partage une interview d’Ira Glass, producteur de « Serial », une série d’enquêtes criminelles, et accessoirement le podcast le plus téléchargé au monde. Dans cet extrait, l’auteur à succès explique que le doute, dans le processus créatif, naît d’un décalage entre notre niveau d’exigence et ce qu’on est capable de faire dans un premier temps. Quand on se lance, nos goûts sont forcément plus affutés que nos pratiques et nos compétences. Les grands créatifs ne sont finalement pas ceux qui y arrivent du premier coup, mais ceux qui persévèrent et parviennent à développer ces compétences à grands coups de pinceau/stylo/crayon/terre/
Merci le PAON, et pour la faire courte ?
- Tu n’es pas le•la seul.e à douter. Le doute est inhérent au processus créatif car le neuf crée de l’incertitude, inconfortable pour notre cerveau.
- Tous les grands esprits créatifs traversent des périodes de doute, cf. Frida Kahlo, David Hockney, Françoise Gilot et Pablo Picasso.
- Rien ne sert de vouloir éradiquer le doute, reconnais-le et accepte-le, il te servira de moteur pour continuer à apprendre, en te nourrissant de tes insatisfactions. En bref, trust the process !
Et si je veux aller plus loin ?
- J’écoute le podcast “Change ma vie” de Clotilde Dusoulier. Episode 142 “Le doute” et épisode 257 “Les trois clés pour libérer votre créativité 2/2”
- Je lis l’article Wikipédia sur le flow, théorisé par Mihály Csíkszentmihályi
- Je regarde le film Frida de Julia Taymor ou j’écoute les épisodes sur Frida du podcast “ Vénus s’épilait-t-elle la chatte?”
- Je regarde le documentaire “A bigger picture” sur David Hockney
- Je lis le livre “Vivre avec Picasso” de Françoise Gilot et Carlton Lake ou je lis cet extrait
- Je regarde cet extrait de l’interview d’Ira Glass sur le storytelling
2 – Votre exercice pour muscler vos papilles créatives
Tu l’auras compris, dans le doute peut se loger un potentiel créatif très puissant ! D’ailleurs en anglais, le mot « do » se cache dans le mot « doubt », cqfd. Plutôt que de vouloir éliminer le doute, on te partage donc 6 conseils pour le reconnaître, l’accepter, et t’en servir pour passer à l’action.
Et ci-dessous, on te recommande quelques ateliers qui vont t’aider à reprendre confiance en tes capacités créatives…
– Drink & Paint avec Andrea Mongenie
– (R)éveil créatif avec Raphaële Anfré
3 – Votre digeo pour faciliter l’assimilation…
Répondez à quelques questions pour prendre du recul sur ce shot créatif :
- Listez les doutes que vous avez ressenti à propos de votre pratique créative
- Quels sont les véritables enjeux derrière ces doutes ? Essayez de les analyser pour mieux les comprendre.
- Que souhaitez-vous retenir de ce shot créatif ?
Bon mois de novembre à tou·te·s !
L’équipe du PAON
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