Samantha Kerdine la bonne aventurière

La double vie d’une directrice artistique - céramiste

Samantha Kerdine

Nous avons rencontré Samantha alors que nous étions à la recherche d’une directrice artistique pour travailler sur l’identité visuelle du PAON. Lorsqu’elle nous a parlé de son activité en tant que céramiste, notre sang n’a fait qu’un tour, le match était fait. Après quelques mois de travail sur notre nouveau plumage, revenons sur cette double casquette qui nous a cloué le bec.

Le PAON : Derrière Samantha Kerdine la directrice artistique, se cache Bonne Aventure la céramiste. Peux-tu nous expliquer comment tout a commencé ?

Samantha : Après avoir suivi des études de graphisme à l’école de Condé, j’ai rejoint une petite agence où j’ai travaillé pendant 5 ans avant de me lancer en free-lance. Il y a trois ans, j’ai commencé à ressentir une frustration : mon élan artistique & créatif était brimé par des projets souvent trop rationnels. Un 30 décembre, j’ai pris la résolution de m’inscrire à des cours du soir en céramique dans un petit atelier à côté de chez moi. J’y allais tous les jeudis soirs, et comme une séance de psy, je ne l’aurais manquée pour rien au monde. 

“Comme une séance de psy”… Tu y voyais un aspect thérapeutique ?

Oui d’une part dans ma vie professionnelle, cela m’a permis de retrouver un équilibre entre rationalité & créativité. Dans ma vie personnelle, cela m’a notamment aidée à surmonter une rupture. J’étais submergée par mes émotions et j’ai commencé à créer des masques, comme des petits monstres qui venaient canaliser tout ce bouillonnement en moi. Ce fut mon premier projet abouti, que j’ai eu la chance d’exposer en Bretagne. 

Comment as-tu mêlé tes deux métiers ?

Après une année de cours du soir en céramique, j’ai senti que cela ne me suffisait pas, je voulais en faire plus souvent, et quand je le souhaitais. J’ai investi dans un four que j’ai installé dans mon bureau partagé ! Que je sois directrice artistique ou céramiste, je travaillais au même endroit, sur le même bureau. Symboliquement, cela montre à quel point ces deux pratiques sont liées pour moi.

As-tu eu envie de dédier 100% de ton temps à la céramique ?

Non, à aucun moment ! Quand j’ai acheté mon four, mon entourage me disait “alors tu vas arrêter d’être DA ?”, comme si je devais choisir entre l’un et l’autre. Dans l’imaginaire collectif, on doit être expert dans un domaine, mais pas dans deux, sinon c’est qu’on fait les choses à moitié. Et l’on envisage souvent des reconversions radicales, alors que deux activités peuvent cohabiter. J’aime mes deux métiers, et ils se nourrissent l’un l’autre.

Quelles complémentarités y vois-tu ?

Quand je suis directrice artistique, je maîtrise mes sujets de A à Z, je travaille pour des clients qui me confient leur identité visuelle ou leur refonte de site par exemple, avec des échéances que je respecte. Cette activité professionnelle – que j’aime – me permet de gagner ma vie. Quand je suis céramiste, je suis plus libre, notamment grâce au fait que je n’ai pas de pression financière. J’y mets davantage de ma personnalité, je suis plus radicale. Cette liberté m’a permise de laisser tomber un peu plus le masque dans mon métier de directrice artistique, et cela plaît à mes clients. Je n’hésite plus à leur montrer mon travail de céramiste, qui reflète ma personnalité & mon style.

ceramiste

Samantha & ses céramiques

Y a-t-il eu une rencontre ou une personnalité qui t’a marquée dans ton parcours ?

Pendant mes études, j’ai souvent eu des mauvaises notes en dessin car je n’appliquais pas les règles strictes de la perspective ou des proportions. Les profs me disaient “certes il y a de l’émotion dans ton dessin, mais ce n’est pas ce que l’on note”. Puis j’ai rencontré un artiste avec une approche de déconstruction du geste et des automatismes. Pendant ses cours, il me disait “dessine ce que TOI tu vois”. J’ai commencé à faire des corps difformes aux couleurs improbables, et cela m’a libérée. C’était imparfait mais c’était ma réalité.

Ton rapport à l’imperfection est clé dans ton travail…

Oui, je déteste tout ce qui est lisse, les ressemblances. Dès qu’on crée, dès qu’on utilise notre main, on ne peut pas se libérer de qui on est. Si on demande à 100 personnes de dessiner la même chose, on n’aura pas deux dessins semblables. C’est cette diversité que j’ai envie de valoriser.

Quelles sont tes principales sources d’inspirations ?

Je m’inspire de tout ce qui touche à l’Art brut, à l’art libéré de toute référence. Ce qui est finalement l’inverse de la direction artistique, où l’on doit souvent s’inspirer des tendances du moment. Au contraire, en céramique, j’essaie de ne pas trop regarder les créations actuelles pour ne pas être dans la copie, même inconsciente. Je m’inspire plutôt de céramiques anciennes, ou bien d’un film, d’une musique, d’un dessin. Tout peut m’inspirer. 

Récemment, tu as commencé à donner des cours de céramique à des débutants. Que transmets-tu à tes élèves ?

Le lâcher prise ! J’essaie de leur apprendre à kiffer l’instant présent, et à ne pas être dans la rentabilité du moment, à vouloir faire le maximum de pièces. Lors de mon premier cours, j’ai eu un sentiment d’imposteur, mais cela a très vite disparu quand j’ai vu ce à quoi mes élèves étaient arrivés et à quel point ils étaient heureux de s’être jetés à l’eau.

Un tip pour les élèves du PAON ?

Le bouquin The Big Magic (Comme par Magie, d’Elizabeth Gilbert, 2015), pour libérer sa créativité. C’est un roman facile à lire, que j’offre très souvent autour de moi.

Pour en savoir plus sur Samantha & son travail,  c’est ici : 

→ Site internet : https://samanthakerdine.fr/

→ Instagram : @samanthakerdine et @_bonneaventure