L’art ancestral du Kintsugi
Illuminer ses cicatrices
金 (Kin) : or, métal, argent
継手 (Tsugi) : joint, jointure, charnière
Vous ne parlez pas japonais ? Pas de panique, nul besoin de maîtriser la langue de l’Empire du soleil levant pour s’intéresser au Kintsugi, cet art ancestral qui consiste à réparer un objet brisé avec de la poudre d’or pour illuminer ses brisures.
Et l’anecdote de la création de cet technique vaut le détour. L’histoire remonte au 15ème siècle quand le général Yoshimasa cassa son bol en porcelaine chinoise favori lors d’une cérémonie du thé. Qu’à cela ne tienne, il le renvoya en Chine pour réparation, mais lorsque le bol revint, après de long mois d’attente (DHL n’existant pas encore), le général fût très déçu du résultat : son bol était criblé d’agrafes métalliques qui le rendait inutilisable. Un général déçu en valant deux, il confia son bol chéri à des artisans japonais pour rattraper le coup : l’art du Kintsugi était né.
Ce récit révèle une philosophie qui valorise l’histoire et le passé de l’objet. Comme l’explique Céline Santini, spécialiste du Kintsugi : “Réparé, consolidé, embelli, il porte fièrement ses blessures, et il devient paradoxalement d’autant plus précieux qu’il a été brisé”. L’upcycling version médiévale.
Le kintsugi est également considéré comme une forme d’art-thérapie invitant à sublimer ses fêlures, valoriser ses cicatrices et trouver une nouvelle forme de beauté. Le processus de réparation d’un objet avec cette méthode peut prendre des semaines, voir plusieurs mois. La première étape consiste à réunir les morceaux cassés et à les nettoyer précautionneusement, avant de les recoller entre eux avec une laque traditionnelle. Une fois séché, l’objet est poncé. Vient alors le moment de soigner les fissures, en appliquant d’abord des couches de laques successives et enfin, de la poudre d’or ou issu de tout autre métal (laiton, cuivre, bronze,…). En se mêlant à la laque encore humide, la poudre se mélange et l’on obtient l’illusion d’une coulée. Il ne reste plus qu’à polir l’objet, et la magie opère ! Réparé, renforcé, embelli, l’objet arbore fièrement ses cicatrices, et devient paradoxalement d’autant plus précieux qu’il a été brisé…
Le Kintsugi, une métaphore de la vie ?
Pour en savoir plus sur l’art du Kintsugi, vous pouvez :
→ Dévorer le livre Kintsugi, l’art de la résilience de Céline Santini
→ Faire réparer l’une de vos céramiques, ou suivre une initiation, à L’Atelier Kintsugi (Meaux, 77) ou à La Voie Laquée (Saint-Maur des Fossés, 94)
→ Suivre un cours à distance avec Kintsugi Oxford (en anglais, à partir de £137)