Au coeur du Cercle de l’Art

Rencontre avec la fondatrice d’un cercle vertueux

Artiste- fondatrice du cercle de l'art

C’est le 23 mars que se tiendra le premier atelier du PAON avec Margaux Derhy, une artiste plasticienne dont le travail remarquable explore les émotions liées à l’absence et à la perte, questionne le rôle et le fonctionnement de notre mémoire. Si nous tenions absolument à rencontrer Margaux, c’est non seulement pour sa pratique artistique qui nous touche beaucoup, mais aussi pour lui parler du Cercle de l’Art, une initiative qu’elle a créé en 2020. Alors on lui a posé quelques questions dont on vous partage ici le résumé.

Peux-tu nous raconter la genèse du Cercle de l’Art ?

C’est une initiative que j’ai pensée en 2020 pour permettre à une communauté d’artistes femmes de s’entraider à initier leur propre groupe de collectionneurs, générateur d’un revenu mensuel. Tout est organisé par saison pour regrouper, pour une période donnée, des femmes qui s’entraident avec un but commun. Il y a eu une saison 0 pour tester le concept l’année dernière, et depuis décembre 2021 et jusqu’au mois de mai, il y a la saison une qui regroupe 50 artistes femmes, partout en France, de tous les âges et toutes les pratiques. Pendant les 6 mois que dure une saison, elles préparent un portfolio d’œuvres qui sera disponible du 4 avril au 1er mai.

Quels sont les moyens mis à disposition pour accompagner les artistes ?

Il y a différents aspects. 

Sur la mission première qui consiste à trouver son cercle de collectionneurs, il y a une méthodologie et des documents proposés pour aider les artistes, notamment sur les phases de constitution du portfolio et de communication autour de ce portfolio. 

Il y a d’autres aspects qui se sont ensuite mis en place pour fédérer cette communauté, créer des liens, faire exister de nouvelles opportunités et affinités entre elles. Cela passe par :

  • une plateforme privée d’échange entre tous les artistes
  • environ 15 partenaires, comme le PAON, amenés par le Cercle ou par les artistes, qui constituent des opportunités. 
  • 5 intervention d’experts qui vont leur donner des conseils sur leur portfolio mais aussi de manière générale pour leur carrière d’artiste
  • 5 cours donnés par les artistes par des artistes du Cercle
  • 5 journées d’artist talks où les artistes présentent leur travail aux autres participantes
  • des rencontres en physique à Paris entre toutes les artistes 
  • des surprises tout au long de la saison

Quels sont les modèles qui t’ont inspirée pour créer le Cercle ?

La principale incitation a été la mise en place pendant le covid d’un revenu mensuel pour les artistes, comme ça a été le cas de manière général pour tous les indépendants à cette période. J’ai vraiment eu le sentiment quand je parlais aux artistes que je connaissais que c’était un truc vraiment extraordinaire qui ne leur était jamais arrivé et que c’était d’une aide incroyable pour mieux se focaliser sur leur pratique. 

Après de manière plus large il y a Patreon un projet américain qui permet au créateurs de contenus de se générer un revenu mensuel. Donc une inspiration pour le côté autonome de la personne à se créer elle-même un revenu.

Comment est-ce que tu recrutes les artistes ?

Il y a un appel à candidature qui a lieu pour chaque saison, qui dure quelques semaines. Le recrutement n’est pas un choix totalement curatorial, car il se fait notamment sur la capacité ressentie de l’artiste à se créer son revenu mensuel. Il s’agit de s’assurer que l’artiste qui candidate a cette capacité à s’engager dans la phase de commercialisation de son travail, car c’est quelque chose d’assez complexe. Je regarde donc par exemple si les candidates ont déjà été exposées, si elle a une communauté sur Instagram, ou si elle a déjà vendu son travail.

On a créé le PAON à peu près au même moment où tu as créé le Cercle, et on a plusieurs artistes en commun dans nos communautés. Selon toi qu’est ce qui nous rapproche ?

Ce que je trouve intéressant à titre personnel, c’est la manière dont Le PAON transforme les cours pour qu’ils soient accessibles à un public plus large et de manière plus facile. En tant qu’artiste, j’ai fait beaucoup de choses de manière autodidacte dans des ateliers traditionnels. J’ai trouvé qu’il y a un vrai besoin par rapport à ça. 

Le fait que vous travailliez avec une communauté d’artistes, fait aussi sens par rapport au projet du Cercle. 

Dernier point, je trouve intéressante l’idée de rémunérer les artistes de manière un peu différente pour leur travail et leur pratique, au travers des droits d’auteurs que vous leurs reversez au long cours. Le fait d’accompagner des artistes sur les moyens de se créer des revenus est quelque chose qui m’anime, donc je trouve ça super d’offrir cette opportunité là à des artistes de la scène contemporaine qui ne sont pas prof à la base.

Margaux Derhy a également animé un atelier en ligne au PAON : Réinventer ses souvenirs par l’art