Cherchez la petite bête

Avec mon associée Margaux, on nous pose souvent la question : le PAON ? Comme l’animal ? Mais pourquoi ? La réponse tient en trois points :
- L’œillet sur ses plumes représente pour nous les arts visuels
- Son plumage est une allégorie de l’éventail des arts plastiques proposés par nos artistes
- Notre mission, c’est de vous aider à vous reconnecter à votre créativité, pour vous rendre fier·e·s comme des paons.
Ça, c’est la réponse officielle, mais pour être très honnête, ce qui s’est vraiment passé au printemps 2019, c’est qu’après quelques coups de cœur pour des noms qui était finalement déjà pris à l’INPI (l’institut qui reçoit les dépôts de marques), on a pris le taureau par les cornes et on a commencé à faire des listes de mots qui n’avaient rien à voir avec l’art. Et c’est en énumérant les noms des animaux qu’on connaissait – chapitre 8, la basse cour – qu’on a eu un flash pour Le PAON.
Et nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls acteurs du monde de l’art à célébrer le règne animal : des peintures rupestres aux installations contemporaines, les bêtes ont toujours été une source infinie d’inspiration pour les artistes. Pour développer tout ça, je vous propose un shot créatif plein de vie et de poils.
Juliette
1 – Vos inspirations pour titiller vos sens…
Lecture complète en 5 min, résumée plus bas en 10 sec chrono

Gravures rupestres de la grotte d’Altamira (Espagne) © Getty – Universal History Archive
Dans un passé très lointain, nos ancêtres exprimaient déjà leur fascination pour le monde animal. Ouvrez grand vos yeux : plus de 90 % des représentations dans l’art préhistorique sont consacrées aux animaux. Totémisme, chamanisme, cosmologisme …. de nombreux “ismes” ont été proposés pour expliquer l’art des cavernes, mais, faute de pouvoir interroger les artistes, on a encore du mal à en percer les secrets. Toujours est-il que les bisons majestueux, les chevaux galopants, et les mammouths massifs témoignent de l’importance intemporelle de nos amis à fourrure dans l’imaginaire humain.
Et comme les chiens ne font pas des chats, cela ne s’est pas démenti depuis : les animaux ont été représentés dans pratiquement toutes les civilisations, sur de multiples supports (os, mosaïque, métal, pierre, parchemin, etc.). Si l’iconographie varie beaucoup en fonction des époques et des lieux, sa forte charge symbolique, liée à la proximité de l’homme et de l’animal, est omniprésente.
Merci Père Castor, mais qu’est-ce que ça dit de nous ?

Leucrotta et Manticore, issus de bestiaires médiévaux du XIIIème siècle.
Eh bien ça en dit long sur notre Histoire, nos cultures et nos croyances. La représentation des animaux, c’est même l’objet d’étude numéro un du chercheur et historien Michel Pastoureau ; et il a constaté que les bestiaires du Moyen-Âge, avec leurs créatures mi-génies, mi-gênantes (comme le leucrotta et le manticore ci-dessus), font constamment des comparaisons entre le monde animal et celui des humains. Ce qu’on y dit des animaux sert ainsi d’exemples moraux ou de repoussoirs aux personnes qui les regardent, ce qui nous permet aujourd’hui d’en savoir plus sur les mœurs de l’époque. Et quand on y pense, Les Fables de la Fontaine, ou bien plus tard les animaux anthropomorphes des films de Disney, ont continué à décrire nos sociétés bien après le Moyen-Âge.
Donc si je comprends bien, dans l’histoire culturelle, les animaux sont bien souvent des messagers.

Les Trois Petits Cochons (1933) – Walt Disney
Eh oui Peggy ! Et ces messages font bien souvent appel à nos représentations collectives qui, pour un même animal, varient non seulement d’une culture à l’autre, mais aussi au sein d’une même culture, d’une époque à l’autre.
Ça, Michel Pastoureau et Mathilde Wagman le racontent très bien dans la série de podcasts France Culture “Les Animaux ont aussi leur histoire”. Dans l’épisode dédié au cochon, on y apprend les origines d’expressions qu’on a tous déjà utilisé dans le langage courant (et qui montre à quel point la symbolique des animaux est riche et forte dans notre culture) – sale comme un cochon, tout est bon dans le cochon, etc. – ainsi qu’une série d’anecdotes que je vous spoile ici pour que vous puissiez briller en société :
- Les interdits liés aux cochons dans la plupart des religions monothéistes seraient dus à sa forte ressemblance biologique avec l’homme. Manger du porc confinerait donc au cannibalisme, CQFD.
- Le cochon n’a pas toujours eu cette réputation d’être libidineux par excellence. Au Moyen-Âge, c’était plutôt le chien qui était considéré comme chaud-lapin. Et c’est en voulant revaloriser le statut de ce-dernier, qu’on a déversé sur le porc toute sa dimension sale et impur. Donc ça suffit les cochonneries !
- Au XIIIème siècle il y avait des procès d’animaux (9 fois sur 10, des cochons) car on les considérait capables de comprendre le bien et le mal. Ces procès sont documentés et on sait même que l’animal avait droit à un avocat pour se défendre. Justice pour Porcinet !
Et quid des arts plastiques ? C’est une bonne situation ça, artiste-animalier ?

Rosa Bonheur, Le Lion chez lui, 1881, huile sur toile, Kingston-upon-Hull (Royaume-Uni), Ferens Art Gallery ©️Agathe Hakoun
Dans la peinture occidentale, ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle que la représentation des animaux devient un genre en soi. Loin des créations fabuleuses des bestiaires médiévaux, cet art nécessite une observation patiente et sensible afin de saisir la justesse des formes et des postures. Dans la hiérarchie des genres, et selon l’Académie des beaux-arts avec un grand A « celui qui peint des animaux vivants est plus estimable que celui qui représente des choses mortes et sans mouvement » (Conférences de l’Académie, André Félibien, 1667). L’étude quasi scientifique de l’animal par les maîtres anciens comme Léonard de Vinci (Étude de chevaux) ou Dürer (Le lièvre) ouvre la voie à des illustrateurs chevronnés auxquels fera appel Buffon pour les planches de son « Histoire naturelle » – revisitée par Picasso – puis aux naturalistes du XIXe siècle comme Rosa Bonheur.
Ok Mickey, et aujourd’hui, on dessine toujours des animaux ?
Hell yeah ! Et pas des moindres. Dans des genres variés, certains artistes du PAON en ont fait leur marque de fabrique. On vous laisse les découvrir dans cet article.
Et ils ne sont pas les seuls à chercher la petite bête. Ci-dessous, quelques exemples d’artistes contemporains qui ont fait des animaux leur vache à lait, et sur ce lien un podcast France Culture sur les artistes contemporains et le monde animal.

Louise Bourgeois et ses araignées qu’elle sculpte comme une ode à sa mère : intelligente, protectrice, raisonnable, indispensable.

Marion Laval-Jeantet et le cheval avec lequel elle entre en communion en se faisant injecter du sang équin lors d’une performance artistique.

David Hockney et ses chiens, Stanley et Boodgie, qu’il peint après la mort de son ami Henri Geldzahler pour combler son besoin d’amour.

Damien Hirst et son requin-tigre baignant dans le formol nous rappelant « L’impossibilité physique de la mort dans l’esprit de quelqu’un de vivant. »
Merci le PAON, et pour la faire courte ?
- Les animaux ont toujours été représentés par l’Homme, dans toutes les civilisations, et ce depuis l’origine de l’art.
- Plus qu’une galerie de portraits, les animaux ont souvent été utilisés comme des symboles, pour décrire nos sociétés et donner vie à des idées.
- L’art animalier a également fait l’objet d’un genre artistique à part entière.
- Aujourd’hui, les artistes contemporains continuent à donner vie à leurs idées dans des peintures, sculptures ou installations en lien avec le règne animal.
2 – Quelques ateliers pour muscler vos papilles créatives
Pour intégrer le monde animal dans vos prochaines création, on vous recommande :
–Créer un motif simple, avec Lil Sire
3 – Votre digeo pour faciliter l’assimilation…
Répondez à ces quelques questions pour prendre du recul sur ce shot créatif :
- Quel est et quel pourrait être la place de l’animal dans vos créations ?
- Quel sens donnez-vous ou pourriez-vous donner à cette présence ?
- Que souhaitez-vous retenir de ce shot créatif ?
Bon mois de février à tous !
L’équipe du PAON
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