La lumière des objets

La lumière des objets

Les reliques de Clovis Rétif

Crédit photo : Valentin Russo

Clovis Rétif est un passionné des objets. En les faisant passer du clair à l’obscur, il les rappelle à notre mémoire et nous invite à un nouveau récit. Artiste autodidacte, poussé par sa curiosité et sa soif de vivre, il trouve dans des souvenirs personnels ou empruntés, des chaînes d’inspiration aux multiples maillons. Rencontre avec un artiste habité.

Le PAON : Bonjour Clovis, peux-tu nous dire d’où tu viens et quel a été ton parcours ?

Clovis Rétif : Depuis que je suis tout petit, je déménage tous les 2 – 3 ans. J’ai surtout vécu en France, en Belgique et au Canada. J’ai étudié l’architecture et le design à l’Institut Saint Luc à Tournai en Belgique, puis j’ai commencé à travailler assez jeune, dans le département architecture d’une agence. Mais le rythme me pesait : et je me suis dit que j’étais trop jeune pour être frustré par ma vie professionnelle ! Alors j’ai démissionné et lancé un label avec des amis : on organisait des événements artistiques, des performances. Au bout d’un an et demi, j’ai arrêté, j’ai déménagé à Montréal et j’ai décidé de me lancer dans ce que j’aimais depuis toujours : le dessin. Je me suis donné six mois pour trouver un projet. J’ai alors commencé à travailler sur ma première série : Solitude Contemporaine. 

Quel a été le sujet de cette première série ?

Cette série est partie d’un constat personnel : je chéris la solitude, mais j’ai toujours vécu très entouré, dans des grandes villes. Les seuls endroits où je me trouvais seul étaient les salles de bains et les toilettes. Je me suis alors mis à dessiner les objets que j’observais dans ces endroits, avec un cadrage photographique volontairement mauvais, et de manière photo-réaliste, afin de leur donner une importance. Je voulais sacraliser ces objets, comme pour qu’ils aient leur place dans une galerie.

Ondulation des chromes – Solitude Contemporaine . 2018 – Clovis Rétif

Les objets ont une grande place dans tes créations, comment l’expliques tu ?

Le cœur de mes sujets est l’objet, j’ai toujours tourné autour de ces questions : Comment un objet se transforme-t-il en relique ? Comment donne-t-on une âme aux objets ? Pourquoi sacralise-t-on certains d’entre eux ?

J’ai commencé par le photo-réalisme car j’avais un sentiment d’imposteur en entrant dans un milieu duquel je ne connaissais rien. Je me disais “si on ne comprend pas mon propos, au moins, on ne pourra pas dire que je n’ai pas bossé. Le labeur saute au yeux.” J’en ai fait mon axe central, mais finalement ce n’est pas ce que je voulais exprimer, donc j’ai été limité dans mon expression. Depuis 2 ans, j’essaie de déconstruire cela. J’ai cheminé vers sur une nouvelle série avec un compromis intéressant : j’ai gardé des éléments photoréalistes dans une composition beaucoup plus naïve et enfantine, avec l’intervention de la couleur. 

En parallèle, je me suis lancé dans le vêtement : je dessine à la main sur des vestes et pantalons vintage pour en faire des pièces uniques. Je leur donne une seconde vie.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

J’aime placer ma famille dans mes œuvres : principalement ma mère, ma grand-mère et mon oncle. Mon oncle était designer et bijoutier, il est décédé assez jeune, et je ne l’ai jamais connu. J’ai appris à le connaître via les traces qu’il a laissées, les récits que j’ai entendu, les témoignages…C’était une sorte de génie. Plus je le découvre, plus il m’inspire. Quant à ma mère et ma grand-mère, les plus belles choses qui sont en moi viennent d’elles. Alors c’est vital pour moi de laisser une trace de ces femmes et de ce qu’elles m’ont transmis.

Je suis très inspiré par les archives : personnelles, mais aussi celles des autres. Je me rends souvent aux puces ou dans les brocantes et j’adore tomber sur des lettres de noblesse, des vieilles cartes postales manuscrites… C’est une grande source d’inspiration. Par exemple, il y a quelques années j’ai acheté des négatifs d’une famille belge anonyme entre les années 50 et 70. On y voit notamment un enfant de sa naissance jusqu’à ses 20 ans, entouré des membres de sa famille. On le voit évoluer au fur et à mesure des années et on suit son intimité de très près. J’ai superposé ces négatifs pour créer de nouvelles compositions et les redessiner. C’est une série sur l’enfance et le souvenir : un souvenir qui peut venir de moments que l’on a pas forcément vécus.

Quelles techniques et medium utilises-tu ?

Dans le dessin, ce qui me plait c’est l’outil de base : crayon + feuille. J’aime le fait que ce soit accessible, mais aussi l’aspect binaire du graphite sur le papier : poser de l’ombre (le noir de la mine) sur de la lumière (le blanc du papier). En ajoutant petit à petit de l’ombre sur le papier, on crée une image.  

Je me permets de plus en plus la couleur : les pastels secs sur les grands formats, mais aussi des pastels à l’huile ou des crayons de couleur.  Voire même des collages ! Par exemple, si je trouve un ticket de caisse par terre, j’en intègre une partie que je fusionne à un dessin.

Hasekura Tsunenaga – Clovis Rétif

Dis nous en plus : sur quels projets travailles-tu en ce moment ?

Sur une nouvelle série que je vais exposer à Paris et à Bruxelles. En parallèle, je prépare le lancement de ma nouvelle agence de créatifs, créée avec des amis, et j’avance sur mon projet de vêtements. J’ai également été retenu pour une résidence à la Poterie Ravel à Aubagne pour travailler en collaboration avec des céramistes. J’aime l’idée de croiser nos savoir-faire.

Tu vas bientôt animer deux cours de dessin en ligne avec Le PAON, qu’est-ce qui te plaît dans la transmission ?

Je suis très curieux de nature, j’ai une fascination pour les savoir-faire, les expertises… En transmettant ce que je sais faire de mieux, le dessin, je voudrais montrer comment on peut mettre sur le papier, des images que l’on a en tête. 

Des conseils pour toutes les personnes qui n’osent pas se lancer ?

La vie est courte, alors autant la passer à faire des choses qui nous passionnent.

Retrouvez Clovis pour deux cours de dessin en ligne : « Dessiner à l’ombre des silex ».

Margaux Le PAON

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