Des paysages vibrants de lumière

Des paysages vibrants de lumière

Rencontre avec Lucie Bretonneau

Lucie Bretonneau est une spécialiste du crayon de couleurs. Les alliances de couleurs créent une lumière saisissante, apaisante et optimiste. Depuis six mois, Lucie œuvre à temps plein et propose de nous plonger dans un voyage vibrant de couleurs.

Le PAON : Bonjour Lucie ! Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Lucie : Je m’appelle Lucie Bretonneau, je suis artiste à temps plein depuis septembre 2023. Mon parcours professionnel est un peu alambiqué. J’ai toujours eu une appétence pour l’art, en maternelle je voulais déjà être dessinatrice. Puis, j’ai fait un lycée en arts appliqués où le volume horaire était de 24h par semaine, ce qui m’a permis de confirmer que c’était ce que j’aimais faire. Je n’étais pas du tout scolaire. Après le BAC, j’ai décidé de partir à l’étranger, pour voyager et travailler. De retour en France, j’ai rejoint le monde de la télévision sur une émission animée par Stéphane Bern avant d’intégrer une agence événementielle dans laquelle je me suis formée au graphisme. Je me suis toujours demandé comment j’allais réussir à retomber sur mes pattes mais cette fois le timing me semblait bon : j’étais prête à commencer mes études. J’ai donc postulé à lÉcole Supérieure d’Art et de Design d’Orléans où j’ai été acceptée, créé mon statut d’artiste-auteur pour faire de la création d’identité visuelle en attendant la rentrée mais finalement, j’ai gardé mon activité tout du long. J’ai fait 5 ans d’études là-bas, je suis ressortie en 2021, à 28 ans et avec les félicitations du jury, ce qui était une petite victoire personnelle pour moi !

J’ai été diplômée comme Designer des médias mais le trop plein d’écrans a engendré une frustration et un manque du dessin. Je cumulais dans mes carnets des tonnes d’idées de projets pour après les études. Et c’est lors d’une exposition organisée avec des copains d’école que j’ai réalisé mon premier dessin aux crayons de couleur (en dehors de mes carnets) en grand format. J’avais mis plusieurs semaines à réaliser cette œuvre et les retours de cette exposition ont été assez frappants. Cela m’a encouragé à poursuivre dans cette voie. 

J’ai ensuite travaillé dans une galerie comme médiatrice culturelle pendant 2 ans. J’ai pu rencontrer énormément d’artistes avec qui j’ai eu un échange d’expériences important. Grâce à toutes ces rencontres, j’ai pu collecter de nombreuses informations sur la façon de travailler quand on est artiste et répondre à toutes les questions que j’avais concernant les expositions, les résidences, les subventions. Lors de ma deuxième année de travail, j’ai gagné un prix à la Biennale de la jeune création européenne de Mulhouse en 2023. Je me sentais alors sur une bonne lancée et j’ai pris la décision d’arrêter mon travail à la galerie. En septembre, je signais un bail avec 4 autres artistes pour avoir nos propres ateliers. Je me consacre donc pleinement à la création depuis 6 mois. 

Comment décrirais-tu ton univers ?

Je dirais de mon univers qu’il est coloré, lumineux et pictural. Il y a cette ambiguïté de la matière, entre la peinture et le crayon, que j’aime tout particulièrement. Peut-être aussi : vibrant car je cherche à créer des vibrations optiques. 

Comment t’es venu cet engagement pour le travail de la lumière ?

J’adore faire des recherches autour de la lumière et comment la couleur peut la traduire. Peu importe les expositions que je fais (art moderne, contemporain, classique), la  gestion de la lumière a toujours été quelque chose auquel je prête attention. Générer de la lumière est un prétexte pour jouer avec les couleurs et, par extension, faire jaillir la lumière. 

La lumière m’a toujours fascinée. Même en étant enfant, je faisais des choix inconscients de combinaison de couleur qui apportait de la lumière, c’est quelque chose qui m’a toujours suivi sans m’en rendre compte. Quand je travaillais dans un milieu plus numérique, j’ai vite appris à manier l’outil dégradé sur Illustrator ce qui permettait des jeux de lumière intéressants. 

Qu’est-ce que tu aimes le plus dessiner ? Quels sujets t’inspirent le plus ?

Je dirais la nature au sens large. J’englobe des éléments de détails pas forcément reconnaissables, mais aussi des panoramas et des gens. J’ai toujours dessiné mon environnement et ce qui se trouve autour de moi. Quand je vivais en milieu urbain, je dessinais beaucoup les gens. En voyage, c’était surtout des paysages ruraux. 

Mes hobbies m’inspirent également. Je fais beaucoup de sports d’extérieur comme la randonnée, le ski, le surf, la course à pied. Toutes ces activités me permettent de contempler le lieu dans lequel je me trouve. 

Au départ, je dessinais dans des carnets de voyage. Mon premier dessin était un collage mental d’éléments que je tirais de différents croquis : un arbre, une montagne, la couleur d’une eau… Au fur et à mesure, j’ai eu une certaine aisance dans ce domaine mais je n’avais pas envie de m’y réduire. Alors j’ai conservé des éléments techniques de mon processus créatif et j’ai pris des libertés : désormais, je dessine surtout des paysages fictifs. 

Ton médium de prédilection est le crayon de couleur, mais tu travailles aussi avec d’autres médiums. Comment est-ce que tu choisis tes médiums ?

Quand je suis partie en vacances 3 semaines en van, je n’avais pris qu’un carnet et des crayons de couleur. Faciles à transporter, à stocker et à remplacer, j’ai appris à maîtriser et affiner les traits, les aplats et les dégradés. Lorsque j’ai réalisé le grand format pour ma première exposition, j’avais tenté de faire de la peinture au départ, mais je n’avais pas aimé. Le crayon de couleur a quelque chose d’unique : son grain, la dureté de la mine, sa prise en main, ses pigments font que j’ai eu envie de me spécialiser dans cette technique, plus que les autres médiums. Quand j’étais plus jeune, quelqu’un m’a dit « si t’es bonne dans tout, t’es bonne dans rien » et cette phrase a souvent fait écho en moi. Je crois que j’avais pour la première fois ressenti le besoin de me spécialiser et le crayon de couleur me semblait devenir une réponse évidente.

Récemment, je me suis blessée à la main gauche et je suis gauchère. Ne pas créer pendant plusieurs jours est impensable pour moi, j’ai donc repensé ma pratique en utilisant ma main droite. Etant donné que je ne peux pas travailler précisément et que le crayon de couleur nécessite de la précision, je me suis mise au fusain. C’est une technique qu’on m’a souvent demandé de tenir à l’écart à cause de sa fugacité, son côté salissant et sauvage, peu adapté à un parcours de designer à l’époque. Le fusain est un médium très sec, plus large et friable. Moi qui suis plutôt dans le détail, ici mon corps entier est dans le mouvement. En temps normal, je n’utilise jamais la couleur noir dans mes dessins. Mon univers joyeux et coloré rencontre donc une technique au contraste intense. Ce duo marche extrêmement bien, ils ne racontent pas la même chose mais ce sont deux parties de moi qui se complètent.

Où puises-tu ton inspiration ? Y’a t-il des artistes ou des œuvres qui t’inspirent particulièrement dans ta pratique ?

Oui ! Parmi les artistes qui m’inspirent, il y a Patricia Paludanus, une artiste contemporaine hollandaise qui utilise le crayon de couleur. Horacio Garcia Rossi est aussi une grande source d’inspiration. Je ne connaissais pas son travail avant de travailler dans la médiation culturelle et, en expliquant son œuvre aux gens, j’ai eu un déclic et ça a fait écho à ma pratique. Il y a aussi Léa Belooussovitch qui explore le flou et dont les couleurs se diffusent. Elle crée des images abstraites à partir de photographies de voyage. Mais de manière générale, je suis une éponge : tout m’inspire. Les discussions, la musique, la découverte d’une nouvelle culture, un film, une série, les livres, une biographie d’artiste. D’ailleurs en ce moment, je lis un livre sur Van Gogh qui restitue la correspondance qu’il a entretenue avec son frère durant toute sa vie.

Sur quels projets travailles-tu en ce moment ?

En ce moment, j’ai 14 commandes de particuliers. Ils me sollicitent pour dessiner un souvenir en me racontant leur expérience et moi, je fais en sorte de retranscrire ce souvenir. J’ai également une grosse exposition au mois de juin 2025 dans le cadre de la Biennale de Mulhouse 025 où je vais exposer dans l’espace de La filature. Au mois de mars, je pars en résidence à la Maison Artagon, une grande maison en compagnie d’autres résidents au milieu d’une forêt pour dessiner dans la nature et faire le point sur mes outils de communication. Je participe aussi au Festival Ar(t)chipel, en partenariat avec le Centre Pompidou accompagnée de ma voisine d’atelier, Cassandre Jacoud. 

As-tu un conseil à donner aux élèves du PAON ?

Je dirais qu’il faut suivre son instinct et ne pas trop intellectualiser l’art, car cela bloque le geste créatif. Ce n’est pas grave de se tromper, ou de ne pas aimer ce qu’on a fait. Cependant, mon conseil est de tout garder et essayer de porter un regard bienveillant sur ce qu’on a fait plus tôt et archiver son travail avec des dates.  Tout ce qu’on crée doit toujours être bien emballé et bien protégé pour les retrouver plus tard. Et puis, il faut aussi bien s’entourer quand on crée et ne pas trop écouter les autres.

Tu animes un cycle de cours au PAON, Faire jaillir la lumière aux crayons de couleur. Que va-t-on pouvoir découvrir avec toi ?

J’y dévoilerai l’entièreté de mon processus de création pour créer des dessins lumineux. On va aussi découvrir comment piéger l’œil optiquement pour générer de la lumière. 

 

Retrouvez le cycle de cours de Lucie Bretonneau, Faire jaillir la lumière aux crayons de couleur, sur notre site ! 

Margaux Le PAON

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