Draw like a kido

Jean Héroard, Journal de santé du roy, dessin de la main du petit Louis XIII © BnF
Quand je rencontre de nouvelles personnes, et que je leur dis ce que je fais dans la vie, j’entends souvent : “non mais laisse tomber, je dessine comme un enfant de 4 ans”. Et contre toute attente, je réponds : “Mais quelle chance ! Tu m’apprendras ?”.
Alors oui, je perds un peu les gens, mais j’ai en tête une célèbre phrase de Picasso : “Quand j’étais enfant, je dessinais comme Raphaël, mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant.” Et c’est vrai qu’on a tous en tête un moment de notre vie, où dessiner nous paraissait naturel, instinctif, dénué d’exigences, et complètement indépendant du regard des autres, ou des normes d’une société. Même Louis XIII, alors qu’il n’était encore que dauphin, s’y adonnait allègrement dans ses journées back to back d’activités de futur roy (comme apprendre à marcher avec une couronne ou à entretenir le poil de sa perruque). La preuve avec cet autoportrait réalisé à l’âge de 6 ans (photo ci-dessus), collecté par le médecin de cour Jean Héroard dans le Journal de santé du dauphin.
Mais alors, est-ce que ça sert à quelque-chose d’apprendre à dessiner ? Est-ce qu’on peut réapprendre à dessiner comme un enfant ? Et pourquoi et comment le faire ? On lance au PAON un mois d’avril sous le signe de la régression, en vous partageant quelques conseils et inspirations.
Vos inspirations pour titiller vos sens…

On démarre les hostilités avec une exposition fort à propos que vous pouvez voir jusqu’au 30 avril à l’école des Beaux Arts de Paris : GRIBOUILLAGE / SCARABOCCHIO De Léonard de Vinci à Cy Twombly. L’expo commence par un grand tableau noir sur lequel chacun peut s’adonner à un gribouillage régressif. On y apprend que le gribouillage, qu’on a tous fait étant petit, et qu’on continue à faire au téléphone ou en réunion, ne date pas d’hier. Au revers des panneaux et des toiles des plus célèbres artistes de la Renaissance (de Vinci, Raphaël, Rembrandt…), sur les murs des ateliers ou sous les fresques détachées, dans les marges et au verso des feuilles de dessin, se nichent des bonshommes disproportionnés, des profils et têtes grotesques, des lignes et essais à la plume… des expérimentations qui serviront de prémices à la caricature comme une forme d’art à part entière.
Mais les artistes ne sont pas les seuls à se laisser aller à ce plaisir : on trouve aussi sur les manuscrits des comptables, des notaires, des greffiers, des scribes et des copistes de l’époque, un carnaval graphique de griffonnages désordonnés. Note pour plus tard : garder tous ses gribouillis, même les plus insignifiants, même si on vous appelle parfois « Robert de la compta », ils auront peut-être la chance d’être un jour exposés aux Beaux Arts de Paris.
L’étage supérieur est enfin consacré à l’enfance de l’art sous différents angles. On y parle des dessins d’enfant comme symbole d’une énergie vitale, qui permet de se libérer des carcans de la tradition culturelle (Kandinsky allait jusqu’à les collectionner et les exposer avec ses propres œuvres). On y évoque aussi les expérimentations des artistes autour du dessin contraint : dessiner à l’envers, de sa main faible, les yeux fermés, en s’obligeant à remplir une page…leur permet d’explorer d’autres états de création à travers le “mauvais” dessin.

Caricature présumée de François Ier posant un pied sur un globe (v. 1539) dans un registre de compte municipal – Anonyme

Matisse devant un dessin exécuté les yeux fermés – villa des Plantes, Paris XIVème – photo prise par Brassaï

Alberto Giacometti, occupé à encadrer un graffiti directement dessiné sur le mur – photo de Inge Morath

Bonhomme provenant de la collection de Kandinsky – Anonyme
Pas de panique pour toutes celles et ceux qui n’auront pas l’occasion d’un déplacement à Paris, car cette super série de podcasts France Culture – Trait pour trait – Une histoire de dessin, de doodle et de gribouillis – évoque les mêmes sujets dans une version audio. Que vous soyez à Paris, en Creuse, en Corse ou ailleurs, vous pourrez donc l’écouter en gribouillant sur votre dernier ticket de caisse qui traîne dans la cuisine.

Visuel de la saison « Arts et Préhistoire » © MNHN 2022 © J.-M. Geneste – Centre national de la préhistoire – Ministère de la culture
Mais alors, faut-il arrêter d’apprendre à dessiner pour échapper au carcan ? Well well well, on a trouvé une partie de la réponse dans ce livre de Jean Clottes, Pourquoi l’art préhistorique ? Pour le préhistorien français, spécialiste du Paléolithique supérieur et de l’art pariétal, un enseignement organisé et traditionnel de l’art a certainement vu le jour dès les temps glaciaires, pour pouvoir expliquer une maîtrise aussi soutenue des techniques picturales, et la perpétuation d’une aussi longue tradition (voyage au cœur de la toute première galerie d’art au monde pour voir ça de vos propres yeux). Et le détail qui tue : il pense à “un enseignement dispensé en majeure partie à l’air libre, dans les abris ou dans la nature, peut-être en utilisant des supports qui ne sont pas conservés comme du bois, des écorces, des peaux ou de l’argile du sol”. On vous avoue avoir ressenti un petit frisson en imaginant nos ancêtres Fred et Pépite Pierrafeu, il y a plus de 40 000 ans, en train de suivre leur petite masterclass en plein air. Ça nous a en tout cas donné envie de continuer à transmettre, apprendre et expérimenter.
Et pour en savoir plus sur l’art préhistorique, courez voir l’exposition Art et Préhistoire, jusqu’au 22 mai au Musée de l’Homme. Une exposition ludique qui retrace le pouvoir de la créativité humaine depuis la nuit des temps !
Vos exercices pour muscler vos papilles créatives…
Pour renouer avec l’enfant-artiste qui est en vous, on vous propose :
1/ de rire avec ce père de famille qui recrée les dessins d’animaux de ses enfants
2/ de vous adonner à un exercice inspiré du componimiento inculto de Léonard de Vinci. Cet oxymore “compositions incultes” est un brouillon instinctif.
Il désigne des esquisses rapides et grossières utilisées pour faire surgir la figure à travers le flux constant d’une ligne ouverte qui, plutôt que définir la forme, est entraînée par un geste exploratoire. Un exercice qui fait de la main, un sismographe d’une énergie vitale du corps.
Matériel nécessaire :
– Un crayon, et une feuille de brouillon
Instructions :
– Suivez ce tuto pour expérimenter un état de création altéré
– Listez d’autres contraintes qui pourront vous insuffler un élan de lâcher-prise ou de jeu dans vos créations : peindre avec les mains, dessiner avec sa main faible, avec ses pieds… tout est permis !
– Partagez-nous vos créations sur instagram en taguant @lepaon_ avec le hashtag #shotcréatif !
Et pour retrouver des plaisirs régressifs grâce à nos ateliers kids friendly (pour les petits ET les grands enfants) :
Chocol’art avec Anna Gorvits
Face Jam avec Camille Potte
Votre digeo pour faciliter l’assimilation…
Répondez à quelques questions pour prendre du recul sur ce shot créatif :
– Quels étaient vos plaisirs créatifs quand vous étiez enfant ? Que ressentiez-vous alors ?
– Comment pourriez-vous renouer avec cet état d’âme ?
– Que souhaitez-vous retenir de ce shot créatif ?
On vous souhaite de redevenir de grands enfants, pour un mois d’avril régressif !
L’équipe du PAON
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