La créativité au travers des sens

A la rencontre de Keren Schwarz

Keren Schwarz artiste peintre

Le PAON : Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Keren : Je m’appelle Keren, je suis artiste peintre. Je réalise des créations de style abstrait. Je n’ai pas suivi de formation artistique officielle, je suis autodidacte.  A l’époque, et pour plusieurs raisons, j’ai choisi de faire du droit, mettant de côté cette partie créative en moi. Pendant ces années, je sentais que ça bouillonnait en moi, sans vraiment y prêter attention. Puis, je suis partie à l’étranger pour mes études, au Chili plus précisément, et c’est là bas que j’ai recommencé à créer. 

Je dirais que mon parcours créatif est très lié aux voyages,  c’est souvent dans ces moments-là que je ressens des déclics. C’est comme une sorte de retour à la création à l’autre bout du monde, je vais plus loin pour me retrouver (même si je peux aussi avoir un déclic, une inspiration en marchant dans la rue !). 

En 2018, je suis repartie en voyage en Asie du sud-est : c’est à ce moment-là que j’ai pris la décision d’arrêter ma carrière de juriste à Londres pour me consacrer uniquement à ma pratique artistique.

Je suis également une formation pour être art thérapeute car je sentais que j’avais besoin d’autre chose, d’aller plus vers l’autre, c’est ce qui complète mon identité : utiliser ma pratique artistique pour aller vers les autres, aider l’autre à développer son processus de création pour détourner via la création ce qui, à instant T ne peut être évoqué par la parole.

Quelles sont tes sources d’inspiration au quotidien ?

Tout va m’inspirer : la contemplation ressentie face à la beauté de paysages, la captation d’un moment unique de complicité, la poésie d’une musique de rue, des détails dans une  conversation, ,les liens d’amour ou certains liens d’amitié si particuliers qu’ils apparaissent atemporels.

Si je devais m’arrêter sur un de mes stimulis principaux, je dirais sans aucun doute les sens. Lorsque je crée, je me mets dans une bulle sensorielle avec de la musique et des odeurs. Cette bulle sensorielle va vraiment être un socle, une base très profonde de ma création.

Ce besoin de me mettre dans une bulle, je l’ai depuis 2011, lorsque j’ai recommencé à créer en écoutant une musique que j’ai ressenti de façon extrêmement forte et qui m’a propulsé dans ce “flow”. Tout de suite, je me suis sentie reconnectée à ma créativité, comme si la musique était la pierre de l’édifice de ma création. Je n’avais pas encore conscience à ce moment de la puissance de la musique sur ma créativité et mon travail. D’une certaine manière, la première étape de mon processus de création est née à ce moment précis. 

J’essaie aussi de plus en plus de développer le toucher en intégrant dans mes œuvres de la matière comme du tissu ou du papier recyclé.

réalisation Keren

Ressens-tu parfois le syndrôme de la page blanche ?

Honnêtement ? Pas vraiment. La seule fois où je l’ai vraiment ressenti, c’était lors des 6 premiers mois de ma grossesse. A ce moment là, j’étais émotionnellement submergée et donc incapable de laisser aller ma créativité, je n’avais plus envie de créer.

Puis lorsque je suis sortie de ces premiers mois difficiles, j’ai puisé dans tout ce que je venais de vivre et ressentir pour créer, ce qui a été vraiment très bénéfique.

Parfois, je peux avoir des moments de “pauses” dans mon processus mais ils me semblent nécessaires pour puiser dans de nouvelles sources.

Quels supports et méthodes utilises-tu principalement ?

Pour le moment, j’utilise principalement du lin pour la réalisation de mes toiles et du papier mais j’aimerais beaucoup élargir mes supports. J’ai cette croyance que tout peut être détourné, tout peut être outils et matériaux donc j’aimerais bien développer un peu plus ces aspects là. Tout peut être matériaux et utilisé dans une création (un sachet de thé, de la terre, du papier, du plastique etc.).

Quel est ton endroit préféré pour travailler ?

Il y a deux étapes dans mon travail de conception. 

La première consiste à observer l’extérieur, ce qui m’entoure. Cette première étape est une phase dans laquelle je vais capturer les moments qui m’inspirent, prendre des notes, mémoriser des sons : je contemple au coin d’une rue, en voyage ou même chez moi.

La deuxième étape se passe dans mon atelier, où je me mets dans ma bulle sensorielle pour commencer à créer à partir de mon travail d’observation fait avant.. L’environnement dans lequel je me trouve va énormément influencer mon travail et les techniques utilisées.

Qu’est-ce qui te plait dans le fait d’animer des ateliers avec le PAON ?

Je trouve que le concept et les valeurs du PAON sont incroyables ! Le projet me touche profondément et je trouve ça vraiment beau de rappeler que tout le monde est artiste, tout le monde est créatif, même ceux qui pensent ne pas l’être. Ces valeurs rejoignent aussi les valeurs de l’art-thérapie qui m’animent et auxquelles je me forme actuellement.

Ce que j’aime particulièrement, c’est partager ma manière de penser en tant qu’artiste et partager mon processus. Se connecter avec d’autres personnes permet de faire vivre la création, alors il ne faut surtout pas arrêter.

Des conseils pour toutes les personnes qui n’osent pas se lancer ?

Premièrement, je dirais qu’il faut gommer l’idée que l’on n’est pas créatif. Tout le monde l’est, même si on n’en a pas conscience. 

Le petit tips que je peux donner aux personnes qui veulent se lancer mais qui n’osent pas sauter le pas, c’est de sortir un peu de matériel à dessin (feuilles, crayons, de la peinture, un carnet) et de le mettre à disposition sur un coin de son bureau. Avoir ce petit kit de matériel en vue permet de se laisser aller instinctivement et de commencer à créer et cela même quelques minutes. Après, il suffit d’y aller sans réfléchir car c’est ça la création, il suffit de se lancer sans réfléchir !

Retrouvez le cycle de Keren , « L’œuvre d’art comme une aventure« , en live et en replay sur www.le-paon.com !