L’art de bien copier

Robert Doisneau, L’information scolaire, Paris, 1956 © Atelier Robert Doisneau
“Arrête de copier sur ton voisin” : cette phrase, on l’a tou.te.s entendue sur les bancs de l’école. Et qu’elle t’ait été adressée à toi qui nous lis, ou à ton voisin Maurice qui était à deux doigts de choper un torticoli, elle résonne encore dans nos têtes d’adulte pour nous dire que copier, c’est mal.
Et si on nous avait menti ? Robert Doisneau, en titrant ce cliché de 1956 “Informations scolaires”, ne nous souffle-t-il pas à l’oreillette que copier c’est s’informer ? Au PAON, on pense que copier peut nous rendre plus créatif.ve, et en cette nouvelle période de rentrée des classes, on vous a concocté un petit programme scolaire pour vous dire pourquoi et comment.
Vos inspirations pour titiller vos sens…
L’histoire de la copie dans l’art
Dans l’histoire de l’art, la copie n’a pas toujours eu mauvaise presse. Bien au contraire, elle constitue une part très importante de l’enseignement artistique, de l’Antiquité au XIXème siècle. D’abord dans le cadre d’ateliers dirigés par des maîtres artistes, ensuite au sein même de l’enseignement académique, fondé sur l’idée que la copie à la pelle permettrait aux jeunes apprentis, aux doigts et à l’esprit encore malléables, d’absorber comme une éponge, les qualités propres à chaque maître copié.
Et oui, alors qu’on copiait 50 fois “Je ne dois pas regarder la copie de mon voisin” en guise de punition, Delacroix, Manet, Degas, copiaient Raphaël, Véronèse ou Poussin, pour se former.
Les copistes (comme notre voisin Maurice), n’étaient d’ailleurs pas considérés comme des artistes de second ordre, puisqu’ils copiaient non seulement pour eux, mais aussi pour l’Etat. Parmi les premiers achats de l’Etat français au jeune Henri Matisse, peintre prometteur, on trouve La Chasse, copie du peintre italien Carrache, et Le Buffet d’après Chardin.
On comprend assez intuitivement comment la copie, à force d’entraînement, nous permet de masteriser une technique picturale. Mais peut-elle aussi nourrir notre démarche artistique ? Notre individualité en tant que créateur.rice ?
Pourquoi les sciences nous invitent à copier
Pour tâcher d’y voir plus clair, nous, bonnes-élèves-n-ayant-jamais-

Quelques exemples d’artistes qui se sont mutuellement « copier »
Les exemples de créations ou de processus créatifs largement inspirés de nos aînés sont nombreux. Le livre de l’artiste, historien et collectionneur d’art Edwart Vignot, paru aux Editions Place des Victoires et intitulé L’art de la copie, Les maîtres d’après les maîtres est un bon vivier en la matière. L’auteur nous apprend ainsi que :
- C’est en copiant les estampes japonaises d’Hiroshige que Van Gogh a changé sa façon de cadrer les images, et que c’est après avoir travaillé les œuvres de Monticelli qu’il a modifié sa touche et sa palette à la fin de sa vie
- Rembrandt s’est inspiré de Lastman pour travailler ses jeux de clair-obscur
- Delacroix, reprenant Rubens, lui a emprunté ses « fameuses ombres teintées de rouge rubis ».
Ce qui est vrai pour la peinture, l’est dans bien d’autres domaines. Pour un exemple en musique, écoutez les premières notes de Release the Beast de Breakwater sorti en 1980, puis le célèbre Robot Rock de Daft Punk sorti en 2005. Et peut-être encore plus bluffant, cette vidéo où Damon Albarn, cofondateur du du groupe Gorillaz, nous montre une de ses sources d’inspiration pour le tube Clint Eastwood : un simple accord pré-enregistré dans son instrument de musique électronique.


A gauche, Vincent Van Gogh, Oliveraie, juin 1889 – A droite, Utagawa Hiroshige, Plage des maiko dans la province de Harima, 1853 (A gauche, Collection Kröller-Müller Museum, Otterlo, The Netherlands – A droite © Museum Volkenkunde, Leiden/Musée national d’Ethnologie, Leyde)
En bref ?
Si on résume, fini le bad buzz de la copie (sous réserve du respect du droit d’auteur, œuf corse), voici les 4 raisons qui nous poussent à aller chercher de l’inspiration chez d’autres artistes :
- Remplir son réservoir d’images pour faire tourner les capacités combinatoires de notre cerveau. Ce que ça donne concrètement : plus je vois d’œuvres, plus mon cerveau aura de la matière pour créer de nouvelles œuvres, en recombinant ce qui a fait tilt dans quelque chose de tout à fait original.
- Affuter son jugement pour mieux comprendre ce qui nous touche dans une œuvre. Ce que ça donne concrètement : à l’expo Chtchoukine, j’ai été subjuguée par les œuvres de Matisse, Gauguin et Braque. Je peux le crier haut et fort : j’aime les couleurs vives et franches.
- S’ouvrir à la sérendipité pour sortir de ses habitudes. Ce que ça donne concrètement : après avoir vu l’expo sur Françoise Pétrovitch, je me suis essayée à l’encre. J’utilise maintenant des fonds encrés pour dessiner par-dessus.
- Mieux comprendre une démarche par le faire. Ce que ça donne concrètement : j’ai essayé de faire des carrés de couleur comme Josef Albers, je comprends maintenant mieux la théorie de la couleur.
Copiste ou faussaire ?
Vous l’aurez compris, copier ici ne veut pas dire s’approprier le travail d’autrui ! Mais si en copiant vous sentez votre cœur papillonner, on vous propose ici quelques stratégies pour devenir de vrais faussaires* :
- Faire de faux dessins préparatoires de Miro our Fernand Léger, comme Éric Piedoie Le Tiec. Son portrait en 5 minutes ici.
- Imaginer des tableaux manquants de Max Ernst, Raoul Dufy ou André Derain, comme Wolfgang et Hélène Beltracchi, les Bonnie & Clyde du pinceau. Un podcast dédié ici.
- Obtenir des certificats d’authenticité, auprès des familles des artistes et des experts, après un bon repas arrosé comme Fernand Legros. Un article du Monde là.
*ceci est une blague, ne devenez pas faussaire
Pour aller plus loin
- Les vertus de la reproduction, Les peintres copistes en France dans la première moitié du XIXe siècle, Séverine Sofio
- L’art de la copie – Les maîtres d’après les maîtres d’Edwart Vignot
- Quand Henri Matisse copiait les Maîtres par Xavier-Philippe Guiochon
- Votre cerveau, saison 3 : La créativité, avec Samah Karaki
Vos exercices pour muscler vos papilles créatives…
En cette rentrée de septembre, on vous engage à tenir tête à votre prof d’art pla’ et à lorgner sur les copies de vos artistes préférés. Mais, comme dirait Mademoiselle Chiffre, “on ne copie pas bêtement”. Voici quelques exercices pour copier intelligemment.
Et pour mieux comprendre et s’inspirer de la démarche de vrais artistes :
Votre digeo pour faciliter l’assimilation…
Répondez à quelques questions pour prendre du recul sur ce shot créatif :
- Aviez-vous des préjugés quant à l’idée de copier ?
- Aviez-vous, d’une manière ou d’une autre, déjà copié une autre démarche artistique ?
- Quels sont les exercices qui vous ont le plus interpellés ?
- Que souhaitez-vous retenir de ce shot créatif ?
Bonne rentrée à tou.te.s !
L’équipe du PAON
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