Cours de créativité
Claude Monet, série de 12 toiles représentant la Gare Saint-Lazare, 1877
Chaque année c’est la même chose : à peine a-t-on le temps de raconter nos vacances et de papoter sur les nouveautés de la rentrée, que le mois d’octobre nous signale tout sourire qu’on a déjà huit trains de retard…
Car oui, on est déjà le 4 octobre = le jour du lancement de Inktober + 3 JOURS. Inktober, c’est un défi qui remue tous les ans les réseaux sociaux, en nous invitant à réaliser un dessin par jour entre le 1er et le 31 du mois, suivant une liste de thèmes diffusée par le compte officiel… ou pas ! Sur le principe, on adore l’idée d’introduire de la répétition et du rythme pour libérer la créativité. Mais plutôt que d’inventer un nouveau “Miracle morning” sauce “Inktober” pour réussir à caser un dessin quotidien dans vos journées déjà bien remplies, on vous propose plutôt de travailler sur une série. Autrement dit, de créer plusieurs œuvres (ça peut être 2, 31 ou 200) autour d’un même fil rouge, tout au long du mois d’octobre. On vous raconte ici, pourquoi et comment.
Lorsqu’on parle de série, en art, on désigne un ensemble d’œuvres d’un même artiste, qui partagent des caractéristiques et démontrent une certaine continuité.
Autant dire que ça ne date pas d’hier. Dans l’art chrétien primitif, des séries de fresques ou de mosaïques illustraient des histoires bibliques dans les premières églises chrétiennes pour enseigner et édifier les fidèles. Ou, autre ambiance : vous vous rappelez certainement des 4 saisons d’Arcimboldo, ces quatre portraits qui sentaient bon les fruits, les légumes et les plantes, symbolisant l’hiver, le printemps, l’été et l’automne.
Guiseppe Arcimboldo, Les quatre saisons, 1570, Louvre
MAIS, on frôle ici l’anachronisme car ce n’est qu’à partir du XIXème siècle qu’on commence à employer le terme “série” dans le sens artistique où nous le comprenons aujourd’hui.
Comme l’a dit Denys Riout dans son essai Qu’est ce que l’art moderne, paru en 2000 aux éditions Gallimard, « La série, et les idées qu’elle suppose, est l’un des traits spécifiques de la modernité. On admet généralement que Claude Monet fut l’initiateur de cette rupture avec les conceptions antérieures de la création artistique ». Avec ses séries de Meules, de Peupliers ou de Cathédrales, Claude Monet balaie la notion de chef d’œuvre du revers de son pinceau, et avec elle, l’idée que l’artiste puisse trouver son accomplissement dans une réalisation parfaitement aboutie et totale. « La série, au contraire, entérine l’impossibilité d’une maîtrise. Fragment d’un tout hypothétique, éclaté et à jamais perdu, chaque œuvre singulière renvoie à tous les autres membres de la même suite. » Vous l’aurez compris, loin d’être anecdotique, l’arrivée de la série dans le monde de l’art est un véritable changement de paradigme.
Après Monet… le déluge ! Tout le monde s’y est mis dans une frénésie quasi obsessionnelle.
Andy Warhol, Diptyque Marilyn, 1962, Tate Museum (Londres)
Au XXième siècle, c’est à Andy Warhol que revient la palme du plus grand serial creator avec un concept très subversif : celui de produire de l’art en masse, et de manière quasi industrielle. Il se met à réutiliser une image existante et populaire – la Joconde, une photo de Marilyn Monroe – et à la multiplier à l’infini. D’œuvre en œuvre, ou sur une même toile, l’image se répète comme sur un carnet de timbres, un papier peint à motifs ou l’étiquette d’une boîte de conserve produite à la chaîne. Ainsi reproduite en série, elle devient plus que jamais un cliché… jusqu’à perdre son sens. Pour cela, il crée un procédé de sérigraphie semi-automatique et n’hésite pas à employer de nombreux exécutants dans ce qu’il appellera, la Factory. De quoi noyer Monet, et ses près 250 Nymphéas réalisés sur plus de 30 ans…
Etant donné le caractère si prolifique des séries qui ont été élaborées au cours de l’histoire de l’art, il est rare qu’elles soient détenues à 100% par le.a même collectionneur.se ou la même institution culturelle. Les œuvres qui composent une série sont même souvent dispersées aux quatre coins du globe. Mais, à l’occasion des grandes rétrospectives, les musées parviennent à les réunir, nous donnant l’immense joie de pouvoir les contempler, en comparer les différents éléments et voir l’évolution sur le temps long.
Au mois d’octobre, vous pourrez par exemple voir, au Musée d’art Moderne de Paris, Le Parc des Princes, un ensemble d’environ cinq tableaux, huiles sur toile ou sur carton, de Nicolas de Staël réalisé en 1952, à Paris après avoir regardé un match de foot. Ou encore à la Fondation Louis Vuitton à partir du 18, la toute dernière série de Rothko peinte en 1969-70.
Si on résume, finalement quel est l’intérêt d’une série ? Celui de…
C’est finalement peut-être le même plaisir qu’on prend à binger une série sur les plateformes de streaming, on prend le temps de connaître les personnages qui finissent par faire partie du décor, au point qu’on sent un vide au moment de les quitter. Et pour vous éviter d’avoir huit trains de retard sur les nouvelles séries à voir, on vous partage ici le top 100 évolutif de Sens Critique mis à jour chaque semaine.
Si vous avez loupé le train d’Inktober, on vous propose donc une version plus fengshui, sans top départ ni deadline. Forts de quelques exemples de séries qui ont marqué l’histoire de l’art, voici quelques étapes à suivre pour créer votre propre série tout au long du mois d’octobre.
Répondez à quelques questions pour prendre du recul sur ce shot créatif :
Bon mois d’octobre à tou·te·s !
L’équipe du PAON
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