Design & Compagnie
Rencontre avec Marine Lognoné

Marine Lognoné est une artiste plurielle : à la fois créatrice d’illustrations colorées, à la fois designer de motifs textiles. Elle révèle ses observations dans ses œuvres éclatantes, s’inspirant de la faune et la flore ou de la mise en scène du corps en écho au spectacle vivant. Installez-vous, Marine va entrer en scène…
Le PAON : Bonjour Marine ! Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?
Marine Lognoné : Bonjour ! J’ai passé mon Bac avec une spécialité Arts Appliqués, puis j’ai fait un BTS design textile environnement, suivi d’une une licence mode et haute technologie. Après mes études, j’ai enchaîné différents jobs en entreprise, en tant que designer accessoire et textile dans des marques de prêt-à-porter. Pendant le confinement, je travaillais chez Lancaster en tant que styliste infographiste accessoires. A côté, je faisais de l’illustration, et cette activité a commencé à prendre de plus en plus de place. J’ai alors choisi de me lancer en tant qu’indépendante. Aujourd’hui, je suis toujours à mon compte, et je ne fais plus que de l’illustration et du travail de motifs pour le design textile.
Y’a-t’il quelque chose ou quelqu’un qui t’a donné envie de devenir artiste et d’en faire ton métier ?
Depuis toute petite, j’ai toujours aimé les travaux manuels. Mon père était bricoleur, donc j’expérimentais avec lui la matière et notamment le bois. Je pensais plutôt devenir architecte, mais finalement le design produit, par le textile, m’a intéressée car c’était un intermédiaire entre créer de ses mains et dessiner.
Où travailles-tu ?
Je vis à Paris et pour dessiner j’aime bien être chez moi, avec tout mon matériel à disposition. J’ai besoin d’être dans une bulle où personne ne me dérange et où je peux écouter des podcasts et me déconnecter du monde actif.
A quels médiums as-tu recours ?
En tant que designer textile, j’utilise tous les médiums traditionnels : l’aquarelle, l’encre, le crayon, le pastel ou le collage. En tant qu’illustratrice je me suis focalisée sur le crayon de couleur très pigmenté, et les pastels gras, généralement très colorés.
Quelles sont tes sources d’inspiration ?
Il y a déjà ce qui touche à la botanique, grâce aux voyages où la faune et la flore sont variés en termes de couleurs et de formes. Il y aussi la mise en scène du corps de manière théâtrale. J’ai tendance à dessiner des nus ou des postures de mode. Je suis fascinée par les postures et les expressions du visage, qui sont révélatrices d’émotions et d’identité.
Certains loisirs personnels nourrissent-ils ta pratique professionnelle ?
Je dirais que ma passion pour le spectacle vivant influence la manière dont je mets en scène le corps dans mes dessins. Je fais de la danse depuis plusieurs années. D’abord du modern jazz et maintenant de la danse groove. Je vais aussi énormément au théâtre et j’essaie de déceler l’essence des personnages, pour m’inspirer. Par exemple, j’avais fait une série de dessins qui mettait en exergue des personnalités de femmes uniques en leur genre.

La femme aux fleurs

Les audacieuses

La parisienne de la place Dauphine
Quels artistes t’inspires le plus ?
Pour ce qui est du croquis, j’apprécie le trait très sensible voire un peu tremblant d’Egon Schiele. L’univers coloré de Gauguin qui se détache du réel pour réinterpréter avec de nouvelles couleurs m’intéresse aussi beaucoup.

Berge à Tahiti, 1891, Paul Gauguin

Self-Portrait with Raised Right Hand, 1916, Egon Schiele
Quelle est la série d’œuvres que tu affectionnes particulièrement ?
J’ai l’impression que c’est la dernière série. Les quatres illustrations “Les voyageurs”. J’ai fait évoluer mon style, le trait est plus vivant et les couleurs plus maîtrisées à mon sens. J’aborde davantage l’imaginaire, on s’éloigne du réel et je trouve ça intéressant. J’aimerai partir dans ce sens là, à savoir moins figuratif.

Série d’illustrations, Les voyageurs, Marine Lognoné



Dis nous en plus : quels sont tes projets pour 2023 ?
J’évolue un peu au jour le jour. Je me suis interrogée pour trouver le bon équilibre entre le motif et l’illustration. A savoir s’il y en avait un que je devais favoriser à l’autre. Pour l’instant j’arrive à conserver les deux et je divise mon temps. Pour l’illustration, mon projet est de me faire représenter par une agence. Je suis en train de dessiner une nouvelle collection d’illustrations sur la thématique de la nuit nommée “Quand la ville est éteinte” où je vais travailler la lumière et le clair-obscur et j’essaie de diriger mes contrats d’illustration vers l’édition, la presse et la publicité. Quant au design textile, je développe ma collection de motifs à présenter aux marques du prêt à porter et je dessine au brief, pour les collections 2024.
Tu animes prochainement un cycle de deux ateliers en ligne intitulé “Réinterpréter le réel aux crayons de couleurs”. C’est une première pour toi d’animer des ateliers ?
C’est la première fois où je donne un cours en dessinant en même temps. J’avais déjà donné des cours où je donnais simplement des conseils. C’est un challenge et j’ai hâte de pouvoir partager !
Penses-tu que nous sommes tous artistes ?
Je pense qu’on a tous une part de sensibilité qu’on peut appliquer, mais elle est à nourrir. Certains ont naturellement cette sensibilité exacerbée, et pour d’autres elle sommeille en eux et peut être révélée. Par contre je suis sûre que ça peut être bénéfique à tout le monde.
As-tu des conseils pour toutes les personnes qui n’osent pas se lancer ?
Il ne faut pas être trop dur avec soi-même et essayer de prendre des risques en ayant une démarche empirique. Je sais que beaucoup de gens aimeraient arriver tout de suite à un résultat abouti. Mais la création est un travail de longue haleine. Ces ateliers permettent d’expérimenter, de lâcher prise et être petit à petit plus à l’aise dans le dessin. Il ne faut pas forcément vouloir se rapprocher un maximum de ce que dessine l’artiste ou de la photo projetée.
Retrouvez le cycle de cours de Marine Lognoné « Réinterpréter le réel aux crayons de couleur » sur www.le-paon.com !