Peindre à l'instinct
Rencontre avec Andréa Mongénie

Après avoir mené sa barque à travers la mode et la scénographie à Londres, Andréa Mongénie s’est installé à Paris pour revenir à ses aspirations premières : la peinture. Depuis son atelier à Montreuil, Andréa travaille sur des compositions abstraites dont les couleurs, les formes et les textures nous plongent dans une sérénité chaleureuse.
Le PAON : Bonjour Andrea ! Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?
Andrea : Je m’appelle Andrea Mongenie, j’ai 33 ans et je suis artiste peintre depuis toujours mais officiellement depuis 4 ans. J’ai fait mes études à Londres, une première année en ‘fine arts’ peinture puis un un Bachelor of Arts en 4 ans dans la mode et le textile. J’ai brièvement travaillé dans la mode mais les décors m’attiraient. J’ai travaillé dans les décors de cinéma un temps puis je me suis tournée vers des magazines d’intérieurs où j’étais directrice artistique sur des shoots. Je suis ensuite devenue styliste d’intérieur et j’ai fait ça pendant 6 ans avant de revenir à la peinture.
Quels supports et médiums utilises-tu principalement ?
Ça change pas mal, j’aime que les choses évoluent. J’ai peint à l’acrylique et à la gouache pendant longtemps. Maintenant, je fais de l’acrylique et de la peinture à l’huile. Pour les petits formats que je peint souvent en extérieur, j’utilise de l’acrylique, de l’aquarelle et du pastel gras.

Quelles sont tes sources d’inspirations au quotidien ?
Être dans la nature, voyager, profiter de paysages m’inspire beaucoup. J’aime peindre en extérieur, avec le vent, le soleil, le bruit des oiseaux, et les moyens du bord. Je trouve que les choses créées avec de la contrainte et peu de moyens émanent une certaine beauté. Je m’inspire de ce qui visuellement m’attire mais ça peut être différentes choses comme une personne, une forme, une couleur, un paysage… Quand j’étais à New York, mon appartement donnait sur une cour intérieure et les bâtiments avaient des couleurs rouges, ocres et marrons. J’en avais été inspirée et j’avais peint une série de petits formats dans ces couleurs-là. Aussi, j’ai toujours eu une grande obsession pour la lumière, cela fait également partie de mon travail d’inspiration.
Comment sélectionnes-tu tes palettes de couleurs ?
Dans mon studio, je prends un grand plaisir à mélanger la couleur et j’aime prendre du temps a trouver la bonne teinte. Le rituel du mélange des couleurs fait partie de mon processus de peinture et de composition. Vous ne me verrez probablement pas utiliser une couleur tout de suite sortie du tube. Les couleurs finissent par se mélanger harmonieusement entre elles, j’essaye de garder ma pratique intuitive. A mon sens, c’est important de se laisser porter par ses envies pour que cela soit émotionnel et instinctif. Quand je peins, j’essaie de ne pas pré-analyser le résultat pour que l’œuvre conserve une forme de légèreté.

Comment se déroule ton processus de création ?
Mes peintures se construisent souvent en musique. Je ne prévois pas de palette à l’avance, mais je commence par mon rituel des mélanges de couleurs. J’observe la lumière ce jour-là, j’observe la toile et en commençant à faire les premiers mouvements sur la toile, des formes apparaissent d’elles même sous mes yeux. Je travaille souvent en série donc si j’ai une obsession de couleurs, je la peins en boucle jusqu’à saturation. C’est souvent lié aux saisons. En automne, je travaille autour du rouge, du rose et du bleu foncé avec des couleurs plus sombres, et cet été ma palette est devenue plus verte et lumineuse.
J’ai des enfants, donc ma routine est très réglementée. Je suis à l’atelier entre 9h et 15h à peu près. Les seuls moments où ma routine sera différente, ce sera en vacances, en voyage ou en résidence. Ce sera les moments où je pourrai peindre en extérieur, sortir de ma zone de confort et y puiser de l’inspiration. Mais cette contrainte me semble maintenant une force, car avec un temps illimité, je me perdrais sûrement.
Quel est ton rapport à l’art abstrait ?
Quand j’étais plus jeune je ne comprenais pas l’art abstrait, et ça m’intriguait énormément. Je peignais beaucoup de portraits réalistes, j’aimais la technique et l’art figuratif me parlait beaucoup plus. C’est plus tard, en reprenant la peinture après un temps d’arrêt que je me suis mis naturellement à l’abstrait. C’est venu comme une évidence, j’avais une envie de m’éloigner de la réalité. C’est comme si en grandissant mes yeux avaient changé, comme si je portais une nouvelle paire de lunettes , et cette paire de lunettes me montrait le monde en abstrait constamment.
Qu’est-ce que tu as envie qu’on ressente à la vue de tes œuvres ?
Mes tableaux m’apportent du calme et de la sérénité, tant en les peignant qu’en les regardant. J’espère que les autres y voient la même chose mais la beauté de l’abstrait c’est que chacun peut y voir ce dont il a besoin.
Au final, je recherche la connexion avec les autres, une connexion sans mots et ma peinture n’est qu’un moyen indirect de créer un lien avec quelqu’un qui a une sensibilité similaire.
Tu as quitté Londres et ton job de directrice artistique dans la mode pour venir exercer la peinture à temps plein à Paris. Quel a été le point de bascule de ce changement de vie ?
La venue de mon premier enfant a fait basculer ma vie. Mes envies ont changé grâce au lâcher prise qui s’opère avec l’arrivée d’un enfant. Mon envie de peindre a toujours été profonde, je n’avais simplement pas le courage de me lancer publiquement. Je ne me sentais pas légitime. L’arrivée de mon enfant et le covid m’ont donné l’impulsion pour sauter le pas. Le fait de ne pas avoir d’interactions sociales pendant le covid m’a permis d’avoir le recul nécessaire sur mon art et m’a permis d’avancer avec ma propre vision.
Y’a-t’il des artistes dont tu aimes la pratique et qui inspirent la tienne ?
Toute femme artiste m’inspire. J’admire les femmes dans le milieu de l’art, notamment celles qui sont mères et qui vivent de leur art. Grosse admiration.
Sommes nous tous artistes ?
Absolument. C’est une évidence. Quand on peint, il faut essayer de redevenir enfant. Il faut se faire confiance, et ne pas avoir peur du raté.
Quelle est l’œuvre ou le projet que tu as réalisé que tu préfères ? Pourquoi a t’elle un sens un peu particulier pour toi ?
Les projets qui me tiennent le plus à cœur sont ceux où j’ai une connexion particulière avec l’acheteur ou le collectionneur, lorsque je sais où et chez qui sera l’oeuvre. Cela confère des émotions positives aux peintures. L’année dernière, j’ai fait une fresque sur un plafond chez un particulier. C’est beau de savoir que la peinture vit chez quelqu’un.
Sur quels projets travailles-tu en ce moment ?
En ce moment, je fais une collaboration d’assiettes sur céramique. J’ai hâte de les montrer. En parallèle, j’ai une exposition collective à la galerie Larock Granoff le 18 Octobre et je réalise un grand triptyque en commande pour le salon d’un particulier.
Tu animes prochainement un atelier pour “Peindre une oeuvre abstraite en suivant son instinct”. Qu’est-ce qui te plaît dans le fait d’animer des ateliers avec le PAON ?
J’ai déjà peint avec d’autres gens, mais je n’ai jamais donné de cours. Ce qui m’intéresse, c’est le partage. Tout le monde a une fibre artistique. Lors de cet atelier, j’aimerais aider quelqu’un qui a besoin de se lancer, de pratiquer, qui a besoin de transformer son envie en action, j’aimerai être facilitatrice d’un moment de détente et de création dans la bienveillance. . On est ultra-stimulés au quotidien et une heure de détente et de peinture hors de la stimulation de sa journée est un beau cadeau à se faire, je pense.
Retrouvez l’atelier d’Andrea Mongenie « Peindre une oeuvre abstraite en suivant son instinct » sur www.le-paon.com !