David Bowie, “Space Oddity” (1969), Philips Records. Pochette : Vernon Dewhurst / Victor Vasarely.
Cours de créativité
David Bowie, “Space Oddity” (1969), Philips Records. Pochette : Vernon Dewhurst / Victor Vasarely.
Don’t you wonder sometimes about sound and vision? Cette question, c’est David Bowie qui nous la pose dans le titre Sound and vision paru en 1977. Lui qui se considérait comme un artiste “généraliste” et qui, en plus d’être un musicien de génie, travaillait comme aucun autre chanteur sur son univers visuel (à travers ses tenues, son maquillage, ses clips ou ses pochettes d’album), nous a donné envie de nous interroger sur les liens entre le son et la vision, la musique et les arts visuels. Et si on allait y puiser notre inspiration, en ce mois de juin qui célèbre la musique ?
On est allées fouiller dans nos archives et on n’a pas été déçues, l’histoire et l’actualité regorgent d’exemples qui montrent le lien puissant entre la musique et les arts plastiques.
Jean-Michel Basquiat, Untitled (Left Hand Right Hand), 1984-1985, collection particuliere © The Estate of Jean-Michel Basquiat, Licensed by Artestar, New York © photo : Joachim Bertrand
Le premier, c’est l’exposition Basquiat Soundtrack à la Philharmonie de Paris, consacrée au rôle de la musique dans l’œuvre de Basquiat. Grand amateur de musique, Jean-Michel de son petit nom, possédait plus de 3000 disques de rock, zydeco, soul, reggae, hip-hop, opéra, blues ou jazz, qui tournaient inlassablement dans son atelier, parfois même simultanément. C’est ce que traduit la partition sonore foisonnante en fil rouge de l’exposition, qui témoigne de toute cette culture musicale et reflète la manière dont l’artiste lui-même appréhendait la musique.
Jean-Michel Basquiat, Toxic, 1984, Fondation Louis Vuitton, Paris © propriété de Jean-Michel Basquiat. autorisé par Artestar, New York.
Mais loin de n’être qu’un fond sonore à sa pratique artistique, on y découvre qu’elle est une véritable source d’inspiration. D’abord parce qu’elle est une thématique récurrente de ses œuvres : les références au jazz lui permettent par exemple de célébrer le génie créatif des musiciens afro-américains, tout en soulignant les inégalités et le racisme subis par ces mêmes artistes. Ensuite parce qu’elle lui permet de revisiter son processus créatif : c’est notamment en s’inspirant du sampling – une technique musicale qui consiste à réutiliser un bref extrait sonore, en boucle, pour la composition d’un nouveau morceau – que lui vient l’idée d’utiliser la photocopie dans sa pratique. Dans l’œuvre ci-dessus, Basquiat représente son ami proche Torrick Ablack, alias Toxic, figure du mouvement post-graffiti, peintre et DJ, sur un lit de motifs photocopiés, puisés dans sa propre banque d’images.
Basquiat Soundtrack, du 6 avril au 30 juillet 2023 à la Philharmonie de Paris.
Impression III (concert), est un tableau musical peint par Kandinsky en 1911 après qu’il ait assisté à un concert du compositeur Arnold Schönberg à Munich, qu’on vous propose d’écouter ici. Le peintre était doué d’une faculté lui permettant de voir des sons ou d’entendre des couleur, un phénomène plus largement appelé synesthésie.
Broadway Boogie-Woogie est le dernier tableau achevé de Piet Mondrian, peint à New-York en 1942 et 1943. Il montre une évolution du peintre vers l’élimination du noir, et l’utilisation de rubans adhésifs colorés, qu’il déplaçait jusqu’à obtenir le rythme qui lui plaisait. Selon Alfred Barr, directeur du MoMA, ses rectangles asymétriques font écho à la mélodie syncopée du boogie-woogie, et les petites lignes brisée aux cascades d’accords caractéristiques de ce genre musical que vous pouvez écouter ici.
Dans Rythme syncopé, peint par Sonia Delaunay en 1967, c’est les contrastes entre les couleurs qui produisent un rythme rappelant à l’artiste les syncopes du jazz qu’on vous encourage à écouter ici.
Pas de couleur pour Pierrette Bloch qui donne le rythme par la répétition de touches noires irrégulières : le point, dans cette encre sur papier réalisée en 1999, mais aussi les entrelacs ou l’écriture dans d’autres déclinaisons. Chaque point est différent et vibre dans l’espace comme une note dans une partition. L’artiste a été notamment influencée par la musique minimaliste de Philippe Glass ou le silence a au moins autant d’importance que le son. Ecoutez-là ici pour découvrir cette œuvre autrement !
Beyoncé et Jay-Z devant «La Joconde» dans le clip de leur chanson «Apeshit». — Capture d’écran
Vous constaterez que les musiciens ne sont pas en reste dans ces joyeuses retrouvailles entre la musique et les arts visuels, en regardant la série documentaire Soundtrack of Arts – L’art inspire la pop et le classique sur arte.tv. Deux historien.ne.s de l’art y détricotent des œuvres d’hier et d’aujourd’hui pour explorer ce lien. On y découvre notamment pourquoi Queen B et Jay Z ont choisi le Louvre comme décor du clip Apeshit, et comment la Victoire de Samothrace ou la Joconde viennent appuyer leur propos.
En ce mois de juin, laissez-vous inspirer par vos airs musicsaux préférés pour réaliser vos prochaines créations :
Instructions :
– Choisissez une chanson que vous aimez particulièrement ou piochez-en une parmi les playlists du PAON.
– Commencez par la décortiquer avec des mots simples, pour comprendre ce qui vous touche particulièrement dans cette musique. Est-ce que c’est le rythme ? La répétition d’un son ? Le contraste entre deux voix ? Les moments de silence ? Pas besoin d’être mélomane, ces mots ne sont que pour vous.
– Faites des expérimentations pour voir comment vous pouvez traduire visuellement ces caractéristiques, par exemple par un outil, en variant la pression que vous exercez dessus, par un geste, par une couleur,. On vous donne quelques exemples ci-dessous.
– Intégrez ces expérimentations dans votre prochaine création, qu’elle soit abstraite ou figurative
– Partagez-nous vos créations sur instagram en taguant @lepaon_ avec le hashtag #shotcréatif !
-Les Drink and Draw en ligne ou en présentiel
Répondez à quelques questions pour prendre du recul sur ce shot créatif :
– Quelles sont les expérimentations que vous souhaitez conserver pour plus tard ?
– Quelles sont les autres sources d’inspirations, extérieures aux arts plastiques, qui pourraient vous nourrir ?
– Comment pourriez-vous adapter cet exercice pour en tirer de nouvelles expérimentations ?
On vous souhaite un mois de juin diablement rythmé !
L’équipe du PAON
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