L'audacieuse Raphaële Anfré

Vous avez dit érotisme pudique ?

Artiste peintre Raphaële Anfré

Début décembre, nous avons rencontré Raphaële, artiste peintre, dans son atelier. Quand elle ne déshabille pas le corps féminin pour le représenter à sa manière, Raphaële observe minutieusement ce qui l’entoure pour le peindre par la suite.

Elle animera pour le PAON un cycle de 4 ateliers à partir du mois de janvier sur le thème de la créativité. Aux côtés de Raphaële, vous pourrez apprendre à libérer votre créativité et à développer votre propre langage sans avoir peur de vous tromper ! Car oui, vous avez bien entendu, avec Raphaële l’erreur n’existe pas. Découvrons ensemble cette artiste passionnée et engagée…

Le PAON : Raphaële, peux-tu nous parler de ton parcours ?

Raphaële : J’ai commencé par faire des études de droit avant d’intégrer une école de stylisme et modélisme. Après quelques années à travailler dans le secteur de la mode, j’ai été de nouveau piquée par l’amour du dessin : je me suis remise à dessiner dans l’objectif de me faire un book. Ce fameux book, je ne l’ai jamais fait, mais j’ai continué à dessiner. Et de fil en aiguille je n’ai fait que ça et maintenant je ne fais que ça. 

Qu’est ce que tu trouves aujourd’hui dans ta pratique d’artiste que tu ne trouvais pas dans ton métier de styliste ?

Cette notion de liberté avec des contraintes que je m’impose moi-même. Au début, je pensais que j’étais complètement libre dans mon travail et je réalise que je ne le suis pas forcément car en tant qu’artiste, on a quand même des obligations. Mais en fin de compte, ça ne me déplait pas car j’ai la liberté de choisir ce que j’ai envie de faire. Et c’est ça la liberté finalement, c’est de pouvoir dire non.

Qu’est ce qui te freinait dans ta créativité à l’époque ?

Le fait d’avoir arrêté de dessiner quand j’ai commencé mes études. Pendant mes études de mode, je dessinais surtout des silhouettes et des dessins techniques, je ne prenais pas vraiment de plaisir. Quelques années plus tard, lorsque j’ai recommencé à dessiner, j’étais complètement perdue. Dès que je faisais un trait, je le gommais, dès que je faisais un dessin je ne le trouvais pas beau, ça me frustrait énormément. J’avais comme le syndrome du poignet rouillé.

Peinture nu

Comment as-tu réussi à passer outre ce blocage ?

En jetant ma gomme et mon crayon. A partir de ce moment-là, j’ai commencé à utiliser que des feutres qui ne s’effacent pas : j’ai supprimé la notion d’erreur. Je me suis également lancé le défi de remplir minimum 5 pages de dessin d’un petit carnet par jour. Et en l’espace de quelques semaines, c’était gagné.

T’arrives t-il encore de te retrouver dans cette situation de blocage ?

Oui et non parce que j’ai remarqué que c’était des cycles. Par exemple, il y a des périodes où je vais réussir à peindre très facilement et des moments où ce sera beaucoup plus laborieux pour je ne sais quelle raison. Mais souvent, dans les moments où j’ai du mal avec la couleur, je vais avoir plein d’idées de croquis pour des projets futurs. Donc quand je me retrouve dans une des deux situations, je sais qu’il y a l’autre qui est là pour compenser.

Qu’est ce qui t’inspire et te stimule au quotidien ?

Je travaille surtout sur la notion de féminité et le corps de la femme, donc j’essaie de dessiner des éléments du corps. Souvent c’est quand on sort de la douche ou même à un moment donné dans le miroir il va y avoir un geste qui va faire que je vais bien aimer cette courbe, où je vais me dire “tiens ça c’est intéressant ». Je vais essayer de le retenir et puis une fois dans mon atelier, je vais simplement dessiner une petite courbe plus tard de manière à ce que anatomiquement parlant il ne soit pas parfait mais que ce soit une courbe du souvenir, qui à moi me parle.

Peinture Raphaële Anfré

Comment rentres-tu dans ta pratique artistique ? As-tu des rituels ?

Cette question, je l’entends souvent quand je regarde des interviews d’autres artistes et à chaque fois je me dis “mince mais si on me posait cette question, qu’est ce que je répondrais ?”. Je dirais que mon rituel se passe dès le réveil : je me lève et je file directement dans mon atelier. Quand j’arrive, je prends mon petit déjeuner, puis j’enfile mon pull de peintre, très important. Ce n’est qu’à ce moment-là que je suis prête pour commencer.

Tu qualifies ton travail d’érotisme pudique, peux-tu nous expliquer de quoi il s’agit ? 

C’est du nu que je ne montre pas vraiment, du nu que j’essaie de cacher tout en le montrant. J’ai remarqué que dans mes peintures et dans ma personne il y avait une certaine pudeur où je n’avais pas peur de dire les choses mais en même temps je n’avais pas envie que tout le monde les comprennent. J’avais besoin de parler du corps de la femme dans mon travail : au début, il s’gissait de mon propre corps, puis ça a évolué. Aujourd’hui, j’essaye d’exprimer ce que je perçois avec des lignes très minimalistes et des couleurs extrêmement vives. Au final quand on regarde l’œuvre, on perd un peu la vision de ce corps : ma première ligne va toujours être celle du corps mais quand on regarde la peinture c’est la dernière ligne que l’on va voir. C’est ce que j’appelle l’érotisme pudique.

Quel a été l’élément déclencheur derrière ce travail ?

Tout est parti de mon histoire personnelle : je ressentais le besoin de m’excuser auprès de mon corps de l’avoir oublié pendant des années. Je me disais que s’ il ne m’aimait pas, alors moi non plus je n’allais pas l’aimer. Puis un jour j’ai compris que ce n’était pas la bonne stratégie et qu’il était bien plus fort que moi. Je n’avais pas les mots pour exprimer tout ça, j’ai donc commencé à peindre. C’était une manière pour moi de d’accepter ce corps pas à pas.

Tu vas très bientôt animer un cycle d’ateliers pour le PAON. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Ce cycle “(R)éveil créatif” a pour objectif d’aider chaque personne à débloquer son poignet et à développer son propre langage artistique. J’ai choisi ce thème en partant de mon histoire personnelle, c’est-à-dire au moment où je suis revenue à zéro et je ne savais plus du tout quoi faire. J’ai personnellement trouvé beaucoup de plaisir à “débloquer” mon poignet ainsi qu’à supprimer cette notion d’erreur :  il y a quelque chose d’assez jouissif à se dire qu’on fait quelque chose sans pouvoir se tromper. 

On verra pendant ces ateliers comment on peut se réapproprier les lignes, les espaces et la couleur. A votre manière, vous allez développer votre propre langage !

N’hésitez pas à vous inscrire au cycle de cours en ligne “(R)éveil créatif” animé par Raphaële !