Comment rentres-tu dans ta pratique artistique ? As-tu des rituels ?
Cette question, je l’entends souvent quand je regarde des interviews d’autres artistes et à chaque fois je me dis “mince mais si on me posait cette question, qu’est ce que je répondrais ?”. Je dirais que mon rituel se passe dès le réveil : je me lève et je file directement dans mon atelier. Quand j’arrive, je prends mon petit déjeuner, puis j’enfile mon pull de peintre, très important. Ce n’est qu’à ce moment-là que je suis prête pour commencer.
Tu qualifies ton travail d’érotisme pudique, peux-tu nous expliquer de quoi il s’agit ?
C’est du nu que je ne montre pas vraiment, du nu que j’essaie de cacher tout en le montrant. J’ai remarqué que dans mes peintures et dans ma personne il y avait une certaine pudeur où je n’avais pas peur de dire les choses mais en même temps je n’avais pas envie que tout le monde les comprennent. J’avais besoin de parler du corps de la femme dans mon travail : au début, il s’gissait de mon propre corps, puis ça a évolué. Aujourd’hui, j’essaye d’exprimer ce que je perçois avec des lignes très minimalistes et des couleurs extrêmement vives. Au final quand on regarde l’œuvre, on perd un peu la vision de ce corps : ma première ligne va toujours être celle du corps mais quand on regarde la peinture c’est la dernière ligne que l’on va voir. C’est ce que j’appelle l’érotisme pudique.
Quel a été l’élément déclencheur derrière ce travail ?
Tout est parti de mon histoire personnelle : je ressentais le besoin de m’excuser auprès de mon corps de l’avoir oublié pendant des années. Je me disais que s’ il ne m’aimait pas, alors moi non plus je n’allais pas l’aimer. Puis un jour j’ai compris que ce n’était pas la bonne stratégie et qu’il était bien plus fort que moi. Je n’avais pas les mots pour exprimer tout ça, j’ai donc commencé à peindre. C’était une manière pour moi de d’accepter ce corps pas à pas.
Tu vas très bientôt animer un cycle d’ateliers pour le PAON. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Ce cycle “(R)éveil créatif” a pour objectif d’aider chaque personne à “débloquer son poignet” et à développer son propre langage artistique. J’ai choisi ce thème en partant de mon histoire personnelle, c’est-à-dire au moment où je suis revenue à zéro et je ne savais plus du tout quoi faire. J’ai personnellement trouvé beaucoup de plaisir à “débloquer” mon poignet ainsi qu’à supprimer cette notion d’erreur : il y a quelque chose d’assez jouissif à se dire qu’on fait quelque chose sans pouvoir se tromper.
On verra pendant ces ateliers comment on peut se réapproprier les lignes, les espaces et la couleur. A votre manière, vous allez développer votre propre langage !