Shot créatif #9 : Cheveux au vent

Dessin en plein air

Joan Mitchell en 1991 à La Tour, sa maison à Vétheuil – Photo: David Turnley / Getty Images

Le mois de mai qui pointe son nez, c’est comme un petit avant-goût de vacances, vous ne trouvez pas ? Les week-ends prolongés, les journées qui s’étirent, le soleil qui se met à nous réchauffer, on commence à réunir les conditions pour savourer au grand air. Car oui, on n’a pas attendu les beaux jours pour profiter de la vie, mais faire ce qu’on aime faire, avec un supplément bol d’air, ça nous plait puissance 4. Et sans grande surprise, nous ce qu’on aime, c’est créer. Alors on est allées glaner quelques inspirations pour pouvoir nous adonner à nos plaisirs créatifs, cheveux au vent… et vous les partager dans un shot créatif, parce-que vous le valez bien.

Vos inspirations pour titiller vos sens…

Une brève histoire du dessin et de la peinture en plein air

Gustave Courbet – Bonjour Monsieur Courbet (1854) – Musée Fabre – toile mettant en scène l’artiste portant son attirail de peinture pour journée d’excursion sur le motif

Un peu de contexte historique pour démarrer les hostilités : si la peinture en plein air nous paraît relativement évidente aujourd’hui, ça n’a pas toujours été le cas, en tout cas pas avant le XIXème siècle. Le dessin, plus facilement transportable, est en revanche pratiqué à l’air libre dès le XVIème siècle (peut-être même avant).

Mais ce n’est qu’au XVIIIème qu’il se développe largement, sous l’impulsion de la Villa Médicis, qui incite les jeunes artistes à aller dessiner en pleine nature pour compléter leur formation en atelier, basée alors avant tout sur l’étude des grands maîtres. Le but de cette sorte de classe verte avant l’heure, est de recueillir un large répertoire de motifs que l’artiste peut ensuite recomposer dans son atelier, en retrouvant un regard naïf mais objectif sur son sujet.

Au XIXème siècle, 4 grandes inventions viennent accélérer ce développement à la vitesse grand V :
– les premiers carnets de croquis industriels font leur apparition, évitant à nos amis artistes de longues heures de confection de carnets artisanaux
– la peinture à l’huile sur papier, effectivement plus pratique que de transporter sa toile et son chevalet, même si ça a son charme
– les tubes de peinture hermétiques (photo ci-dessus à droite) rendent transportable la peinture à l’huile (enfin mieux que les vessies de porc autrefois utilisées, ci-dessus à gauche…), et permettent aux peintres de travailler la couleur, directement sur le motif
– la photographie vient assouvir les envies de réalisme et d’objectivité, et contribue ainsi à ouvrir un nouveau champ d’exploration au dessin et à la peinture : celui de l’expérience personnelle, du geste spontané et des impressions

Carnet de Camille Corot

Et ça a fait des chocapics… d’abord avec l’école de Barbizon dont les chefs de file John Constable et Camille Corot prônent la communion avec la nature, avec un respo kiffe en la personne de Charles-François Daubigny, qui s’est même fait construire un bateau-atelier (vous m’avez bien entendue…). C’est avec les impressionnistes que la peinture en plein air prend son envol : Edouard Manet, Claude Monet (qui s’est aussi fait fabriquer un bateau-atelier sur le modèle de celui de Daubigny), Auguste Renoir ou Berthe Morisot approfondissent leur recherche d’une nouvelle manière de peindre, liée à leur propre perception, et à la retranscription d’une sensation immédiate ou d’une émotion. Les post-impressionnistes comme André Derain, enrichissent également ce mouvement.

Aujourd’hui, alors que la photographie s’est largement démocratisée, et qu’on peut désormais travailler dans son petit intérieur douillet, à partir d’une photo perso ou trouvée sur internet, on vous encourage à prendre un grand bol d’air, en suivant l’exemple de ces grands artistes contemporains :
– David Hockney qui est rentré de Californie à 70 ans pour donner un nouveau départ à son art en peignant les paysages du Yorkshire – en plein air, par tous les temps, au fil des saisons – persuadé que la photographie ne pouvait rendre la mesure des paysage de son enfance
– Joan Mitchell qui ne peignait pas en plein air, mais qui s’imprègnait de paysages pour peindre ses grandes toiles abstraites. “Je peins à partir de paysage mémorisés que j’emporte avec moi – et de sensations mémorisées” disait-elle.

En bref :

On ne sait pas exactement à quand remonte la pratique du dessin en plein air, mais elle s’est largement développée au XVIIIème siècle pour compléter la formation des jeunes artistes. D’abord exercée dans un souci d’observation et de réalisme, la création en plein air s’est ensuite libérée de ce cadre à partir du XIXème siècle, pour explorer des approches plus personnelles et sensorielles, grâce à des inventions qui en ont révolutionné la pratique, comme les tubes de peinture ou la photographie.

Pour aller plus loin :

– Une présentation de l’exposition Dessiner en plein air. Variations du dessin sur nature dans la première moitié du XIXe siècle (musée du Louvre, 2018) par sa commissaire d’exposition Marie-Pierre Salé.

Le livre Berthe Morisot, Le Secret de la femme en noir de Dominique Bonat, une fresque de l’ Impressionnisme, qui retrace la vie de la seule femme de ce mouvement historique, en nous faisant voyager de Giverny aux plages normandes

Why Monet Painted The Same Haystacks 25 Times : une vidéo en anglais de 9 minutes, expliquant l’approche de Monet pour peindre 25 fois le même paysage, à des moments différents de la journée (allez directement au chapitre 2). Un compte Youtube recommandée par Véronique, fidèle particiPAONte.

David Hockney: A Bigger Picture, un documentaire primé de Bruno Wollheim, qui retrace le retour de David Hockney de Californie pour peindre le paysage de son enfance dans le Yorkshire de l’Est – en plein air, par tous les temps, au fil des saisons – pour aboutir au plus grand tableau jamais réalisé en extérieur.

Maintenant que l’histoire du dessin et de la peinture en plein air n’a plus de secret pour vous, trouvez votre spot idéal pour vous y adonner. Pour cela, on vous a concocté une liste des meilleurs endroits pour dessiner à ParisLyonMarseille et Toulouse. Et pour les envies de grand air, filez sur le site de Chilowe: vous y trouverez des super idées pour voyager local et proche de la nature, le temps d’un week-end ou plus.

Il ne vous reste plus qu’à définir quelle sera votre technique de prédilection pour vos créations nomades. Si votre coeur balance, ou que vous n’y connaissez rien, voici une sélection spéciale des artistes du PAON :

Le feutre Pentel de Raphaële Anfré, idéal pour les amoureux de la ligne qui préfèrent voyager léger.

L’aquarelle de Delphine Priollaud, pour travaillez le pigment au pinceau, avec des jeux de lumière et de transparence

Les crayons de couleurs aquarellables d’Agnès Decourchelle, parfait pour combiner le dessin et le travail du lavis.

Les craies à la cire de Loubna Rizqi, pour ceux qui aiment les textures et les couleurs denses

Vos exercices pour muscler vos papilles créatives…

Pour célébrer la création en plein air, on vous propose un défi en hommage au plus nomade de nos objets fétiches : le carnet de croquis. Il s’agit d’en choisir un que vous remplirez ENTIÈREMENT tout au long du mois de mai.

Ici un carnet de Juliette Plisson montré pendant l’atelier Bain de foule à l’aquarelle

Instructions :

– Commencez par trouver votre carnet de prédilection. Voici trois critères qui vous permettront de choisir celui qui vous convient le mieux : 1. Optez pour un format que vous pourrez facilement transporter au quotidien 2. Mettez de l’intention dans votre choix pour avoir envie de le sortir sous n’importe quel prétexte : une couverture qui vous met de bonne humeur, un papier qui fait froufrou sous les doigts, etc. 3. Prenez un carnet dont le nombre de pages vous paraît réaliste pour pouvoir le remplir en un mois. Le but n’est pas de se décourager !

– Choisissez n’importe quel prétexte pour remplir votre carnet : dessinez ce que vous avez sous les yeux, tracez des formes abstraites juste pour le plaisir de la ligne, essayez de retranscrire une impression, écrivez ce que vous ressentez, des phrases qui vous ont marqué.e, etc. La quantité de feuilles à remplir vous permettra d’oser vous lancer, sans avoir à réfléchir à ce que vous voulez faire, d’ancrer cette pratique dans votre quotidien, et de recueillir des éléments qui pourront vous resservir ensuite chez vous.

– Challenge accepted? Partagez-nous vos créations sur instagram en taguant @lepaon_ avec le hashtag #shotcréatif !

Et pour vous exercer :

– Le parcours en 4 étapes  Réaliser un carnet de voyage à l’aquarelle

Votre digeo pour faciliter l’assimilation…

Répondez à quelques questions pour prendre du recul sur ce shot créatif :

– Avez-vous rempli votre carnet ? Avez-vous eu l’impression d’ancrer davantage votre pratique dans votre quotidien ?
– Quelles sont vos impressions en feuilletant ce carnet ? Notez-les.
– Y a-t-il des créations que vous aimeriez reprendre ou approfondir ?
– Que souhaitez-vous retenir de ce shot créatif ?

On vous souhaite un mois de mai régénérateur au grand air !

L’équipe du PAON

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Margaux Le PAON

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