Le fusain, star du noir & blanc
Tout savoir sur un médium qui fait feu de tout bois.

Après une brève apparition entre les mains de Leonardo di Caprio, dans une scène culte de Titanic où Rose demande à Jack de la dessiner “comme l’une de ses françaises”, c’est sur le site du PAON que le fusain s’est vraiment révélé au public au côté d’Agnès Decourchelle et de Louise Vendel.
Comme vous avez pu le voir dans nos derniers replays, le fusain était LA STAR de cette fin d’année. On a parlé de portrait (selon une approche au trait et une approche en clair-obscur), ou encore de nature morte et de matière. Mais cela va sans dire, on aurait pu vous parler de bien d’autres sujets : car quoi qu’on ait envie de représenter ou de dire, le fusain est un outil aux mille facettes, qui s’adapte à toutes les représentations. En attendant le retour du king dans notre programmation d’ateliers, on vous partage quelques astuces et fun facts sur ce médium qui crève l’écran.
Le fusain, un vieux de la vieille
Les dessins de la grotte Chauvet auraient été réalisés au fusain de pin. © ministère de la culture et de la communication
Le fusain, qui n’est autre que du charbon de bois, est probablement l’une des plus anciennes techniques utilisées en dessin. Si on ne connaît pas l’ampleur de sa diffusion à cause de sa nature éphémère, on pense qu’il fait son apparition dès l’art préhistorique pour délimiter les contours des formes représentées dans les grottes. Il apparaît aussi dans les mythes antiques comme la technique à l’origine du disegno. Dans son Histoire Naturelle, Pline raconte comment la fille du potier Butadès de Sicyone, amoureuse d’un jeune homme sur le point de quitter Corinthe, traça sur le mur, avec le charbon, le contour de l’ombre de son visage projetée par la lumière d’une lanterne… how romantic !
Un seul médium pour un univers de possibles
Alors non, le fusain ne vous permettra pas de travailler la couleur MAIS dans l’univers du noir et blanc, le fusain offre des possibilités infinies en terme de graphisme. Sa texture poudreuse et sa forme en bâton permettent un travail en aplat mais aussi au trait. Sa densité et son caractère facilement estompable, voire effaçable, offrent une palette de valeurs très large allant du quasi blanc papier, aux noirs les plus intenses. Il ne reste qu’à croiser ces différentes caractéristiques avec les différentes manières de le travailler (au doigt, à l’estompe, au chiffon, ou à la gomme pour ne citer que les plus classiques) pour comprendre le potentiel infini de cette technique. La preuve en image avec des autoportraits de 4 grands artistes…
Autoportraits de Piet Mondrian, Jérôme Zonder, Fantin Latour, David Hockney
Du modelage autant que du dessin
Dans son utilisation, le fusain se rapproche de la sculpture car il se modèle. Comme on peut partir d’un bloc de terre pour enlever petit à petit de la matière et arriver à une forme sculptée, on peut partir d’une feuille remplie de fusain et dessiner à la gomme, en enlevant le fusain à l’aide d’une gomme mie de pain (preview du super atelier d’Agnès Decourchelle à ce propos sur ce lien, et vidéo complète ici). De manière plus générale, le fusain se travaille en ajoutant la matière autant qu’en l’enlevant, en étalant la poudre au doigt ou à l’estompe, ou carrément en attrapant le fusain avec une gomme mie de pain.

Extrait du cours d’Agnès Decourchelle, Portrait au fusain, approche en clair-obscur : travail à la gomme mie de pain
Vous avez dit gomme mie de pain ?
Derrière ce nom étrange, se cache une pâte légèrement adhésive qui ressemble à de la pâte à modeler. Historiquement c’est de la mie de pain qu’on utilisait pour effacer le fusain. Elle est maintenant composée notamment de caoutchouc, pour obtenir cette caractéristique malaxable et cette capacité à absorber le fusain beaucoup plus efficacement qu’une gomme classique. Mais ça n’est pas sa seule qualité : sa plasticité permet de créer des formes plus ou moins fines pour pouvoir effacer de larges portions du dessin, aussi bien que des détails très subtils. Lorsqu’elle est gorgée de poudre de fusain, il suffit de la malaxer pour pouvoir de nouveau gommer efficacement.

Extrait du cours d’Agnès Decourchelle, Portrait au fusain, approche en clair-obscur : gomme mie de pain neuve (à gauche) et gomme mie de pain déjà utilisée et malaxée (à droite).
Le fusain, king des drama queen !
Malgré son caractère populaire et bon marché, si le fusain fait tant sa star, c’est qu’il permet de dramatiser n’importe quelle scène par les contrastes qu’il propose. C’est l’une des raisons pour lesquelles il a largement été diffusé à la fin du XIXe siècle, époque caractérisée par un goût marqué pour le rendu des lumières. Un conseil de nos artistes pour analyser et représenter la lumière dans un sujet : plisser des yeux ! Cela vous permettra de perdre en pour mieux comprendre les rapports de valeurs entre les différentes zones de votre dessin.
Bref, fusain is the new cool
Vous l’aurez compris, ça fait en fait longtemps que le fusain brûle les planches dans des rôles dramatiques, mais pas que… Malheureusement ce sont ses facultés de conservation qui pêchent, et c’est la raison pour laquelle vous ne verrez pas beaucoup de fusain dans les musées (ou en tout cas moins que le reste). Le temps a malheureusement eu raison de bien des œuvres et celles qui nous restent sont conservées bien à l’abri de la lumière et, donc du regard du public (Carole Chevallier nous en avait déjà parlé dans cette interview qu’on vous recommande). MAIS il y a une scène artistique contemporaine qui travaille le fusain et qu’on vous recommande d’aller voir en galerie (ou dans la rue !). On conclura donc sur ces quelques artistes dont le travail au fusain nous a bluffés.
Ernest Pignon Ernest, artiste mondialement reconnu et précurseur du street-art qui s’empare du caractère altérable et frêle du fusain pour que ses œuvres engagées, souvent réalisées au fusain et à la pierre noire, “suintent les murs” selon son expression.
PASOLINI. 40 ans après son assassinat. Collage à Rome, Ostia, Naples, Matera, Mai/Juin 2015
Louise Vendel, artistes au PAON, et ses maxi formats dans lesquels elle fait dialoguer des traces de comportements sauvages avec celles de notre mode de vie occidentale.

Louise Vendel, Fusain sur papier, rail métallique, 200 x 150 cm
Fabrice Cazenave qu’on avait rencontré comme Louise, à la Drawing Factory, une résidence d’artistes installée dans un ancien hôtel du 8ème arrondissement de Paris. On était restés PAONtois devant la chambre de Fabrice, entièrement recouverte de fusain.

How trees secretly talkRail mé, Fabrice Cazenave
Rejoignez nos ateliers pour apprendre le dessin au fusain sur www.le-paon.com