Un atelier à soi

À l’heure ou j’écris ces mots, le 16 mai pour être exacte, nous venons avec Margaux de recevoir les clés de notre nouveau nid, au 19 rue d’Hauteville, 75010 Paris. Un lieu qui marque un tournant pour nous, car pour la première fois, on va pouvoir y recevoir du public, avec un démarrage en fanfare pour nos journées portes ouvertes les 29 et 30 juin prochains (Save The Date !). Ce moment, on l’a imaginé de plein de manières différentes : de façon complètement naïve et innocente avant le premier confinement, avant que l’épidémie de covid-19 ne vienne bousculer nos plans. Puis par va-et-vient pendant les 3 dernières années, démangées par l’idée de se lancer dans une nouvelle aventure. Enfin, de manière plus sûre et confiante depuis maintenant un an, forte de notre expérience et des nombreuses discussions que l’on a pu avoir avec nos chers particiPAONts, artistes et partenaires.
Vous le savez, nous, notre mission ici bas, c’est de démocratiser les pratiques artistiques comme vecteur de bien-être et de créativité. Les 4 dernières années nous ont permis de partager cela au plus grand nombre :
- en recrutant plus de 80 artistes, pétris de talents, de savoir-faires, et porteurs d’un discours bienveillant pour vous aider à dépasser vos pensées limitantes
- en animant + de 200 ateliers en ligne accessibles n’importe où, n’importe quand pour ancrer plus facilement des moments créatifs dans votre quotidien
- en organisant des ateliers pour des entreprises innovantes, attentives au bien-être de leurs employés, qui ont souhaité offrir à leurs collaborateurs des moments de créativité
- en s’invitant dans dans plus de 15 lieux partenaires qui nous ont aidé à organiser nos premiers ateliers pour de vrai
Aujourd’hui, on peut enfin s’offrir, et même VOUS offrir le luxe absolu d’avoir un lieu dédié, un atelier à NOUS à l’intérieur duquel notre corps et notre esprit sont entièrement tendus vers la créativité, une bulle qui peut nous isoler de toute sollicitation pendant quelques minutes, voire quelques heures.
Vous l’aurez compris, pour célébrer cette bonne nouvelle, notre Shot Créatif du mois de juin portera sur l’atelier : quelles réalités recouvre-t-il à travers les âges ? Pourquoi est-il important de s’aménager un espace dédié à notre créativité et comment l’aménager pour favoriser nos élans créatifs ?
Bonne lecture !
Juliette
1 – Vos inspirations pour titiller vos sens…
Lecture complète en 5 min, résumée plus bas en 10 sec chrono
On va commencer simplement : c’est quoi un atelier ?
Si on en croit le Larousse, l’atelier d’artiste est un “local aménagé pour le travail d’un peintre, d’un sculpteur, d’un photographe ; type de logement qui se caractérise par une grande hauteur sous plafond, la présence d’une grande verrière ou baie vitrée et qui est normalement orienté au Nord.” Ok… je suis donc à la fois rassurée par notre choix de local avec sa verrière et sa hauteur sous plafond, mais à deux doigts de tout annuler parce qu’on est orienté… Est. Mais bon, après tout, les hommes et femmes préhistoriques peignaient bien dans des grottes donc relativisons, et creusons cette définition un peu sommaire.
En fait, le concept d’atelier a recouvert des réalités bien différentes, au cours de l’histoire

L’atelier du peintre, Gustave Courbet
Les paléontologues parlent déjà d’ateliers paléolithiques lorsqu’une fouille laisse apparaître des restes d’objets offrant des caractères identiques de fabrication. On a donc déjà l’idée d’un lieu de travail manuel, de transformation de la matière. D’ailleurs, le mot atelier vient de l’ancien français “astelier” qui signifie tas de bois, chantier. Avant la Renaissance, on ne fait pas vraiment la différence entre les ateliers d’art et d’artisanat : ils se situent dans les monastères, dans les demeures des mécènes de la cour, ou se confondent avec le domicile ou avec la boutique d’artisan en ville.
C’est à partir de la Renaissance qu’on commence à faire la part des choses. Alors que les commandes artistiques affluent vers les artistes les plus famous, comme Michel-Ange ou Raphaël, certains ateliers se structurent comme de véritables entreprises, avec leur lots d’apprentis et d’assistants. Autour du maître qui peint et dessine les éléments les plus nobles d’une composition, des petites mains préparent le matériel, broient les pigments, posent les enduits et peignent parfois les paysages ou les détails plus triviaux.
Avec le développement du marché de l’art aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’atelier élargit ses fonctions : il devient non seulement un lieu de production mais aussi un lieu d’exposition, de vente et même de formation pour des élèves qui ne sont plus seulement des apprentis mais de futurs maîtres. Par exemple, Berthe Morisot s’est formée auprès de Camille Corot qui l’a fortement encouragée à aller peindre en plein air.
Alors que le modèle de l’atelier-entreprise perdure pour la sculpture qui nécessite plus de compétences et de capital, il se fait de moins en moins important en peinture au cours du XIXe siècle. D’abord parce que depuis l’invention du pot de peinture en 1841, le matériel devient comme par magie prêt à l’emploi. Aussi parce que le travail du créateur s’individualise de plus en plus, ce qui va à l’encontre de la production collective. En parallèle de cette évolution, on assiste à un phénomène d’agglomération des ateliers d’artistes dans certains quartiers comme Le Bateau-Lavoir ou La Ruche à Paris, l’immeuble du Bauhaus à Dessau, ou encore The Factory à New York.
Mais l’atelier, c’est vraiment si important que ça pour créer ?

Oh oui ! Et la personne qui en a le mieux parlé dans un essai qui n’a pas pris une ride, c’est Virginia Woolf dans Une chambre à soi, paru en 1929. Un essai issu d’une conférence donnée à Cambridge, qui traite des injustices sur la condition féminine, et de leur impact sur la créativité des autrices. À une époque où le féminisme secoue l’Angleterre (les femmes viennent d’obtenir le droit de vote), une question se pose : si la femme est l’égale de l’homme, pourquoi les chefs d’oeuvres sont-ils signés d’une main d’homme ? La réponse de Woolf exclut le génie, cette chose intangible qu’on brandit pour décrire des réalités bien différentes. Pour elle, la réponse purement matérielle : pour que les femmes puissent écrire dans une société capitaliste, il leur manque deux choses – une chambre à soi et 500 livres de rente. Car oui, le temps, l’espace, la tranquillité, le silence, l’argent, ne sont pas anecdotiques dans le développement de la créativité de tout un chacun, ce sont des éléments cruciaux.
On est d’accord, on peut écrire un roman dans son salon comme Jane Austen l’a fait pour Orgueil et Préjugés. Mais Virginia Woolf pose la question : est-ce que Orgueil et Préjugés aurait été un meilleur roman si Jane Austen n’avait pas jugé nécessaire de cacher son manuscrit au visiteur chaque fois qu’elle entendait la porte du salon grincer ?
Pour y répondre, on vous laisse lire l’essai de Woolf ou regarder la vidéo du Arte Book Club à ce sujet.
Donc même pour créer des œuvres qui ne demandent pas une installation ou du matériel conséquents, le grand luxe c’est d’avoir un espace dédié
Tout à fait ! Merci le Larousse pour les verrières et l’orientation, mais que ce soit chez soi ou ailleurs, l’important c’est d’avoir un espace dédié qui nous donne de l’élan et des idées, qui soit prêt à l’emploi et dans lequel on se sent un peu chez soi, ce qu’on espère vous offrir très prochainement. Et pour nous / vous inspirer, voici une sélection d’ateliers d’artistes qui nous ont particulièrement tapé dans l’œil.

L’appartement-atelier de Suzanne Valadon reconstitué par Hubert Le Gall © Jean-Pierre Lagarde
L’atelier de Suzanne Valadon, une joyeuse colloc
Le 12 rue Cortot à Paris est une adresse fameuse, à la fois résidence et lieu de création pour de nombreux artistes montmartrois au tournant du XXe siècle comme Dufy, Renoir ou Luce. En 1912, c’est Suzanne Valadon qui y emménage avec son fils Maurice Utrillo. Ils sont rejoints par le peintre André Utter, ami de Maurice puis amant de Suzanne. Le trio occupent les lieux avec cris et fracas : les prises de bec sont fréquentes, Utrillo – victime de nombreuses crises liées à son alcoolisme – jette ses pinceaux par la fenêtre ce qui n’empêche pas les trois artistes de créer côte à côte, dans une grande émulation. C’est même, pour Valadon, la période la plus productive de sa carrière.

L’atelier de Brancusi reconstitué par Renzo Piano © Manuel Braun
L’atelier de Brancusi, une œuvre à part entière
À partir de 1916 et jusqu’à sa mort en 1957, Constantin Brancusi occupe des ateliers de l’impasse Ronsin dans le 15e arrondissement de Paris. Dès 1920, l’atelier devient le lieu de présentation de son travail et une œuvre d’art à part entière, un corps constitué de cellules qui se génèrent les unes des autres. Brancusi remanie quotidiennement leur place pour parvenir à l’unité qui lui paraît la plus juste. À la fin de sa vie, il arrête de produire des sculptures pour se concentrer sur leur seule relation au sein de l’atelier. Cette proximité devient si essentielle que l’artiste ne souhaite plus exposer et, quand il vend une œuvre, il la remplace par son tirage en plâtre pour ne pas perdre l’unité de l’ensemble.

L’Atelier de Giacometti par © Robert Doisneau
L’atelier de Giacometti, un sobre chaos
Vétuste, sombre et mal isolé, le lieu de 23m² rue Hippolyte Maindron à Paris, offre peu de confort à l’artiste qui ne le meuble que d’objets de première nécessité. Au fil des années, l’espace est de plus en plus saturé de travaux achevés, en cours de réalisation, ou de gravats. Les murs sont couverts de notes, d’esquisses et de portraits. Malgré ces aléas, l’artiste nourrit un réel attachement pour ce lieu qui devient une partie intégrante de son œuvre, prolongeant ses gestes et nourrissant ses idées.

L’atelier de Fabienne Verdier © Fabienne Verdier
L’atelier de Fabienne Verdier, une chapelle hors-norme
C’est Denis Valode qui, en 2006, conçoit et réalise l’atelier de Fabienne Verdier à Hédouville. Il honore les besoins de l’artiste en créant une immense fosse dans laquelle Fabienne Verdier manie ses gigantesques pinceaux suspendus. Dans le respect de l’esprit architectural du village, il crée un espace de travail idéal pour une pratique artistique entièrement renouvelée et totalement hors normes.
Merci Le PAON, et pour la faire courte ?
- Derrière le mot “atelier” se cachent des espaces, des modes de travail et des configurations bien différentes qui ont sans cesse évolué au cours des âges
- Loin d’être un simple détail logistique, c’est un espace qui favorise la création par son organisation, la manière dont il est aménagé et personnalisé, et surtout parce qu’il constitue une bulle dans laquelle on peut s’extraire du monde extérieur pour se dédier pleinement à la création
- Au PAON, on veut créer un lieu pour vous et qui vous ressemble, vous nous aidez ?
2 – Quelques ateliers pour muscler vos papilles créatives
3 – Votre digeo pour faciliter l’assimilation…
Répondez à ces quelques questions pour prendre du recul sur ce shot créatif :
- Et vous, quel espace dédiez-vous à votre créativité ?
- Comment aimeriez-vous qu’on aménage ce nouveau lieu pour vous sentir chez vous ?
- Que souhaitez-vous retenir de ce shot créatif ?
Bon mois de juin à tous !
L’équipe du PAON
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